La Fille qui jouait avec le feu

(The Sharp Edge of a Snowflake)

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  • 8/10 Hannah vient de perdre sa mère, décédée d’un cancer du sein, et c’est à contrecœur qu’elle quitte Londres pour l’Islande afin de rejoindre son père. Ce dernier, journaliste, lui a trouvé un poste de stagiaire. Dans le même temps, Imogen Collins, dix-neuf ans, influenceuse très suivie sur les réseaux sociaux, travaille également pour une entreprise de marketing et vient de rejoindre Reykjavik. Mais elle n’a pas su se débarrasser d’un passé qui lui colle encore à la peau et à l’âme, avec la silhouette effrayante d’un individu qu’elle surnomme « Le Monstre ». Hannah et Imogen vont se rencontrer au hasard d’une interview, mais lorsque l’on découvre la dépouille du « Monstre », Hannah ne va pas pouvoir s’empêcher de penser qu’Imogen est innocente.

    Ce livre de Sif Sigmarsdóttir s’adresse en priorité à la jeunesse, mais à sa lecture, il est étonnant de voir à quel point l’intrigue, l’écriture et l’ambiance peuvent sans le moindre mal intéresser des personnes bien plus âgées. Ce roman, assez copieux du point de vue de la taille, est un véritable festin. Choral, alternant les points de vue d’Imogen et d’Hannah, il séduit aussitôt avec une construction qui évite la linéarité et où s’emboîtent des extraits de messages Instagram rédigés par notre influenceuse. L’histoire est captivante, faisant graduellement remonter cet événement traumatisant pour Imogen – une tentative de viol, au point de faire de la jeune femme une suspecte idéale. S’y mêleront d’autres pistes comme celle de l’espionnage ou la compétition logistique à propos de techniques de marketing. Dans le même temps, les éléments de l’arrière-plan sont très intéressants, depuis les relations entre Hannah et sa famille aux méthodes – éhontées – employées par la firme qui l’emploie pour trouver des chalands, en passant par les descriptions bien senties et atypiques de l’Islande et les sentiments de doute accompagnant Imogen dans sa quête de notoriété, avec les désillusions psychologiques et autres leurres qui l’accompagnent. L’histoire a en outre le grand mérite de s’achever de manière inattendue, avec la révélation de l’identité de l’assassin qui n’intervient que dans les dernières pages.

    Un opus particulièrement prenant et réussi, qui parviendra sans mal à rallier l’attention des jeunes et moins jeunes lecteurs. Au final, son seul véritable défaut pourrait être son titre français, trop éloigné de sa version originale, The Sharp Edge of a Snowflake, dont la signification, hautement symbolique, est explicitée dès le début. On peut penser que l’éditeur a voulu faire penser à La Fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette du regretté Stieg Larsson alors que cet ouvrage, d’une très grande qualité, n’avait pas besoin de ces ressorts purement mercantiles.

    15/07/2021 à 08:25 El Marco (2373 votes, 7.4/10 de moyenne) 2