Mauvaise main

Liés par le sang

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  • 9/10 Éric et Elise n’ont plus le choix. La jeune femme est bientôt au terme de sa grossesse, son compagnon n’a plus d’emploi. La misère, à l’état pur. Éric rejoint alors sa famille, dans les Vosges. Ils y tiennent une scierie. La dernière fois qu’il y est venu, Éric a perdu sa main sous la morsure de l’immense scie circulaire. Mais en tentant de retrouver un peu de calme, voire gagner un arpent d’un paradis éphémère, le jeune couple vient de poser les pieds en enfer.

    Prix du Quai des Orfèvres en 2010 avec Au Pays des ombres, Gilbert Gallerne signait ce texte en 2014 sous le titre Liés par le sang. Un texte féroce, sauvage, saturé de cruautés, de spectres et d’ombres. La famille Broux que rejoignent Éric et Elise tient plus de la horde que du rassemblement d’êtres humains. Eléonore, la grand-mère, la matriarche, qui semble régner sur le domaine. Michel, le deuxième frère, et surtout Léo, l’aîné, une brute épaisse qui ne connaît que la violence et les intimidations. Les autres femmes, qu’elles soient adultes ou adolescentes, n’ont aucun mot à dire. Elles demeurent soumises, obéissantes aux desiderata du maître des lieux, même lorsqu’il s’agit de sexe. Au centre de ce maelstrom, notre jeune couple tente de survivre, de mettre un peu d’argent de côté avant de repartir plus sereinement dans la vie, et surtout de rester à l’écart des querelles, des gestes déplacés, des trafics ourdis par Léo. La langue est immédiate, presque brutale, à l’image des paysages dépeints en quelques mots, des attitudes et comportements croqués avec justesse. Les chapitres sont courts, parfois extrêmement véloces, ne dépassant guère les deux ou trois pages. Au-delà du présent déjà surchargé de dangers et de non-dits, Gilbert Gallerne fait ressurgir les fantômes du passé, avec la disparition du père de famille, l’épisode traumatisant de la scie happeuse de main, ou les circonstances de la naissance d’Éric. On achève ce livre tendu, essoufflé, désarçonné par les dernières volées de mitraille qui viennent clore ce récit sur un ultime point d’exclamation.

    A mi-chemin entre les univers de Georges Simenon et de Pierre Pelot, voilà un ouvrage singulier, aussi concis que brûlant. Une merveille de roman noir, injustement méconnue, sombre à l’envi.

    11/03/2019 à 16:45 El Marco (1584 votes, 7.5/10 de moyenne) 2