Killer T

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  • 8/10 Dans un futur très proche, la jeune Charlie est condamnée, à tort, pour avoir posé une bombe dans son lycée. C’est Harry, jeune émigré aux Etats-Unis et apprenti journaliste du même âge, qui a couvert l’événement. A sa sortie de prison, Charlie découvre un monde changé : il est possible de pratiquer des améliorations génétiques, mais cette démocratisation de la science va également engendrer la création par des malintentionnés d’un virus monstrueux, le Killer T, et qui va permettre à Harry et à Charlie de se retrouver.

    Robert Muchamore, le cultissime auteur des séries CHERUB, Henderson’s Boys et Rock War, nous revient avec ce roman, toujours destiné à la jeunesse. On y retrouve la plume expérimentée de l’écrivain, qui sait si habilement tisser une intrigue solide tout en décrivant des protagonistes dans lesquels le lectorat saura se reconnaître. Comme dans ses autres ouvrages, Robert Muchamore bat en brèche l’idée selon laquelle les livres destinés aux jeunes doit être aseptisée : ici, il y a de la violence, du sexe, des préoccupations typiquement adolescentes, et des morts, même si tout cela est bien évidemment décrit avec retenue. Harry, en jeune reporter cherchant à marcher dans les pas de sa défunte mère journaliste, est immédiatement sympathique, mais il n’est pas le seul personnage marquant. Charlie, experte en chimie et en création de bombes artisanales, brisée par une justice devant laquelle elle doit céder pour protéger les siens, et recrutée dans un laboratoire de modifications génétiques, l’est tout autant. Le reste du livre est d’ailleurs émaillé de nombreux autres individus forts, depuis ce terrible tueur au chignon jusqu’à Ed, le frère de Charlie, handicapé en raison d’un accouchement compliqué pratiqué avec des forceps. De multiples notions, faisant réfléchir sans jamais devenir moralisatrices, viennent émailler cet ouvrage, comme la justice, la famille, les progrès effrénés de la médecine, l’engagement individuel, le consumérisme, etc. Au gré des quelques cinq cents quarante pages de ce roman qui décrit un futur très proche, ni dystopique, ni onirique, Robert Muchamore sait alterner les moments de passion au cours desquels nos deux héros ne vont cesser de se chercher, les descriptions peu rassurantes quant à cet avenir où les gènes sont altérés pour être plus esthétiques (quitte à créer des chiens, des guêpes ou des araignées monstrueuses), ou encore les passages d’action. D’ailleurs, que les aficionados de l’auteur n’espèrent pas retrouver le rythme échevelé de ses précédents opus : s’il y a certainement des temps morts, c'est parce que ce n'est pas un pur roman d’action ou d’espionnage. C’est avant tout une évocation, tout à fait crédible, d’un avenir proche, alertant sur les périls qu’entraînent l’argent roi et la science sans musèlement, tout autant, à sa façon, qu’un livre d’amour.

    Reconnaissons sans mal à Robert Muchamore l’effort de s’être écarté de sa zone littéraire de confort en proposant un roman très différent de ce qu’il nous a déjà offert, d’autant que cet essai, même s’il souffre de quelques longueurs parfois inutiles, est amplement transformé.

    17/02/2020 à 07:57 El Marco (2035 votes, 7.5/10 de moyenne) 2