La Porte d'ivoire

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  • 8/10 Le vieux milliardaire Edmund Hofcraft s’est écrasé avec son avion au-dessus de la jungle congolaise. Sa fille et son bras droit organisent une opération d’exfiltration qu’ils confient à trois aventuriers : Tracy, ancienne infirmière militaire habituée aux conflits, Russel, fin tireur spécialisé dans les safaris, et Diolo, Africain et expert en pistage. Un aller-simple vers la folie.

    Inutile de présenter Serge Brussolo : une bibliographie imposante, une inventivité hors pair, et un sens expérimenté et inoxydable de la narration dans tous les types de littératures. Ici, il fait s’enfoncer ses protagonistes – et ses lecteurs – dans la géhenne végétale de l’Afrique. On retrouve avec plaisir sa plume enfiévrée et son goût pour les histoires démentielles, où chaque chapitre foisonne de rebondissements, d’anecdotes, de personnages sulfureux. Une incursion endiablée dans les terres originelles de l’humanité, saturées de fantômes affolants et de légendes. Y rôdent encore les spectres des dirigeants comme Mobutu Sese Soko ou Joseph Kabila, avec la violence et la corruption comme manières de diriger un pays. C’est aussi un « territoire de fièvres » comme l’indique l’auteur, avec ses coutumes, ses mythes, et sa sorcellerie. Edmund Hofcraft s’en est allé sur place à la recherche d’une rumeur persistante, comme quoi des soldats allemands, avec Adolf Hitler à leur tête, aurait quitté Berlin dans les ultimes jours de la Seconde Guerre mondiale pour y bâtir un bunker géant, à la recherche de diamants pour préparer la revanche de son idéologie. Canular ou réalité ? Entre les mains de bien d’autres écrivains, un tel postulat, complotiste à souhait, aurait tourné au grandguignolesque ; dans celles de Serge Brussolo, le ridicule devient or, ou plutôt diamant, pour coller à la contrée parcourue. Un îlot de nazis reclus sur eux-mêmes depuis plusieurs décennies, des singes combattifs et organisés en meute anthropophage, un volcan aux éruptions destructrices, des tribus sauvages qui ne cesseront de harceler l’embarcation des intrus : un véritable malström d’idées, certaines très originales, d’autres plus convenues, mais dont le dénominateur commun de toutes est d’emporter le lecteur vers des rivages noirs et incertains. Un festin de scènes marquantes, depuis la rencontre éphémère avec cet acteur sur le déclin qui souhaite s’exercer à la chasse aux prédateurs terrestres, jusqu’à ce final à plusieurs tiroirs, avec notamment la surprenante présentation d’une tête réduite.

    Un Serge Brussolo en pleine forme, fourmillant d’idées et de chimères, où, à défaut de constituer son meilleur ouvrage, assure, s’il en était encore besoin, qu’il était, est et restera l’un des meilleurs auteurs français. Tout simplement.

    13/10/2019 à 06:19 El Marco (1760 votes, 7.5/10 de moyenne) 2