Les Agents

Les Travaillants (Les Travaillants)

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  • 9/10 Dans un futur proche. Tour 35S, étage 122, secteur Y1, box 314. Des individus scrutent à presque longueur de journée des chiffres en cascade sur leur moniteur : ce sont des agents. Disciplinés, aseptisés, entièrement dévoués à la cause de leur entreprise, à mi-chemin entre des machines de travail et l’idée qu’ils se font de la race humaine. Ils vivent dans un univers où la verticalité des buildings où ils besognent rend la perspective de finir à la rue encore plus effrayante que la mort, et quand quelques-uns d’entre eux se jettent du haut du gratte-ciel, ils vivent ces suicides comme des mesures d’ajustement en plus de les convier à rester dans la droite ligne fixée par la maison mère. Finalement, il suffirait de peu de choses pour que tout implose…
    J’avais déjà adoré « Suréquipée », mais à la lecture de cet ouvrage méconnu et brillantissime, je sens que je vais continuer à me faire la bibliographie de Grégoire Courtois. Une écriture remarquable, travaillée, soignée dans les moindres détails. Une vision terrifiante du monde du travail, exacerbée par des peurs moyenâgeuses, une souffrance inouïe dans ces box où sont parqués ces animaux de labeur mais une souffrance qui jamais ne dit son nom ni ne se manifeste dans la conscience de ses proies, et des personnages surpuissants (un qui s’est amputé les orteils, l’autre effarouché par toute pilosité, encore une autre qui s’automutile, etc.). De véritables trouvailles scénaristiques (la fusion possible des box pour que chaque guilde puisse gagner du terrain et donc de l’influence, l’éventualité de souscrire des prêts avantageux dès lors que la masse des agents s’accroît, ces nourritures fictives uniquement consommées selon la pratique réinventée de l’inédie, etc.). Grégoire Courtois livre un pur brûlot, une condamnation de l’absurdité du monde du travail, une satire à la fois épouvantable, instructive et extraordinaire de cette pénitence, qui passe par le biais d’une dystopie que n’auraient pas renié des auteurs de renom comme Philip K. Dick ou Serge Brussolo. Un final dantesque, explosif et meurtrier, où, après le dévoilement d’une machination, l’esclave réalise l’étendue de son malheur avant de revenir de son plein gré à sa servitude. Un véritable coup de cœur !

    25/06/2026 à 17:35 El Marco (3880 votes, 7.2/10 de moyenne) 1