Bull Mountain

26 votes

  • 9/10 J’ai ouvert Bull Mountain après en avoir lu quelques critiques on ne peut plus élogieuses sur Polars Pourpres. Intrigué par ce qui semblait constituer un petit phénomène littéraire au rayon des romans noirs, je me suis lancé sans a priori (sinon celui que les histoires de cowboys et de trafic ne sont pas toujours les mieux réussies). Le moins que je puisse dire, c’est que je n’ai pas du tout été déçu. Le décor, qui s’étend de la Géorgie du Nord au nord de la Floride (Jacksonville). La Géorgie est particulièrement connue comme ce qui fut, historiquement, un des états les plus ségrégationnistes de la confédération sudiste (la Géorgie fut d’ailleurs le dernier état sudiste à rejoindre l’Union à la fin du 19e siècle). C’est plutôt un décor qui inspire la poisse et la haine, où la peine de mort est toujours pratiquée (attention aux assimilations évidemment, ne me faites pas dire que sa population en est infréquentable!)…

    C’est sur une sinistre montagne du Nord que le clan Burroughs règne. Enfin, ceux qui restent fidèles à l’héritage de plusieurs générations d’hommes enclins à une forme toute particulière de protectionnisme territorial. C’est de là haut que les Burroughs trafiquent leur came et règlent leurs comptes à ceux de la fratrie qui accepteraient de se plier aux lois de l’État. Il y a quelque chose d’animal dans le comportement des «purs» Burroughs. Ils reniflent leurs adversaires, ils fonctionnent à l’instinct, ils se comportent comme des loups en meute. Gare à ceux qui prendraient un autre chemin.

    Bull Mountain est résolument un roman aux strates multiples: c’est une saga familiale, qui s’étale sur au moins trois générations successives. C’est le récit de relations fraternelles tendues (l’image de Caïn et Abel, évoquée dans certaines critiques anglophones et en 4e de couverture, est adéquate), c’est l’histoire de fils et de pères qui s’entre-déchirent. C’est aussi la mise en scène d’une forme très particulière de vengeance, mais aussi celle d’un trafic d’armes et de came, celle d’une bande de motards infréquentables, celle d’une prostituée battue pour vouloir en faire trop auprès d’un client… les scènes se succèdent, les face à face sont particulièrement soignés et visuels, on entend et on voit les protagonistes et la tension qui les animent, aucune concession n’est faite aux personnages, on suffoque presque à la lecture de l’enchaînement de violence. On est pris de pitié pour certains, on comprend parfois le comportement crasseux des autres, on croyait savoir ce qui était juste, mais tant de poisse a le don de faire perdre certains repères ou de déplacer le curseur. La violence n’est pas délivrée gratuitement par l’auteur, il veut montrer quelque chose, il entend nous dire que la violence est, pour certains, fondatrice d’une histoire, d’une lignée. Que notre histoire se débat avec cette animalité violente qui nous constitue, que notre histoire est toujours rattrapée par cette violence. On est pris entre vengeance et perspective de «rédemption», entre innocence et culpabilité, entre justification de la violence et nécessité d’une paix durable.

    Le récit est découpé en chapitres relatifs à un moment spécifique de l’histoire du clan Burroughs, chapitres qui ne sont pas organisés selon l’ordre chronologique des événements. Si cette présentation peut avoir quelque chose de déroutant au début, le lecteur s’en accommode rapidement et assimile facilement la quantité importante d’intervenants. L’alternance est pensée de manière intelligente et force est de souligner qu’elle maintient un vrai suspense de bout en bout.

    Je regrette – c’est ma seule réserve – comme cela arrive parfois, le côté un peu trop caricatural de certains personnages, mais quand on est aux prises avec une histoire qui fait appel à une telle poisse, il est compliqué de ne pas tirer les traits de ses héros dans des directions diamétralement opposées.

    Avec Bull Mountain, Brian Panowich fait une entrée fracassante sur la scène littéraire. Si l’on se souvient qu’il s’agit là d’un premier roman, assurément, il s’agit d’une exception du genre! À n’en pas douter, Bull Moutain a tous les atouts pour devenir un classique de la littérature noire.

    18/05/2016 à 10:19 thibe (130 votes, 7.1/10 de moyenne) 12

  • 9/10 C'est une histoire universelle que choisit de nous raconter Brian Panowich : l'environnement familial qui pèse sur une vie, l'impossibilité chronique de se défaire des liens du sang, et cet atavisme qui peut, parfois, comme un poids mort, vous tirer vers le bas...
    Dès les premières lignes, dès ce premier chapitre qui, en peu de pages, brosse le portrait d'hommes soudés aux valeurs terriennes, presque insulaires, on imagine un western contemporain, baroque et funeste à la fois... Une ruralité génétiquement ancrée dans le clan Burroughs, définissant leurs actes et leurs combats, un attachement à cette terre, leur fief, modelant leurs attitudes et leurs habitudes, forcément en butte au respect des règles établies... Le style de Panowich, qui fait alterner les points de vue et les époques, un peu à la manière d'un George R.R Martin dans Game of Thrones, nous relate le schisme fratricide qui sous-tend l'intrigue, et renoue avec certaines grandes tragédies antiques; son récit, d'une beauté presque fielleuse, viscérale, touche à l'intime et à l'authentique, amenant ses personnages, et le lecteur, au point de rupture émotionnel à chaque tour de page...

    07/05/2016 à 21:53 jackbauer (776 votes, 7.2/10 de moyenne) 11

  • 9/10 La montagne n'a pas accouché d'une souris avec ce roman noir très noir, glauque, poisseux. Brian Panowich exploite parfaitement les atouts de son livre: le décor (le fin fond d'un état américain rural), les personnages (Quelle famille avec deux frères chacun d'un côté de la barrière de la moralité, des personnages secondaires dont on se demande de quelle côté de la barrière ils se trouvent, une ambiance (le mal est partout et tout peut arriver) , L'auteur maîtrise parfaitement le déroulement de l'intrigue, des flashbacks et des chapitres qui alternent les points de vue des différents personnages. Au fur et à mesure,, les différentes pièces du puzzle finissent par s'assembler pour un tableau final diabolique et un épilogue génial. Pas loin d'un 10...

    03/05/2016 à 21:54 Jabba (441 votes, 7/10 de moyenne) 12

  • 10/10 Une tuerie....le roman noir parfait : âpre , violent , humain .Peut être ma plus grosse claque depuis la découverte de Ellroy (il y a fort longtemps)

    26/04/2016 à 07:57 vieuxtacot (17 votes, 6.9/10 de moyenne) 8

  • 10/10 immense saga familiale version redneck et roman noir.Bull Mountain est un magnifique roman qui retrace,de manière très astucieuse dans sa construction chronologique,sur 3 générations la "dynastie" de la famille Burrough qui règne sur la Bull Mountain en Georgie.
    C'est dur,violent,âpre et poisseux mais c'est surtout superbement écrit. Pour moi LE roman de ce 1er trimestre 2016,une claque littéraire pour un final de très haute volée et il ne fait aucun doute que nous tenons une très grand plume avec Brian Panowich!!!

    20/03/2016 à 19:46 Fab (1011 votes, 8/10 de moyenne) 11

  • 10/10 Chef d'oeuvre total, complet et indiscutable ! Brian Panowich nous démontre à coup de poing dans la gueule que Marie-Bernadette Dupuy n'est pas la seule à savoir faire des sagas familiales. Il brutalise et défonce le genre et signe ici un putain de roman noir âpre, beau et magnifiquement maîtrisé. Tant par ses personnages que sa narration, ce premier bouquin impressionne ! BAM, ça poutre, ça blast, ça tout ce que tu veux Baby, mais va lire ce bouquin, c'est énorme !

    19/03/2016 à 20:09 OttisToole (283 votes, 7.1/10 de moyenne) 11