L'Ennemi immédiat

La Mineure en fugue (The Instant Enemy)

  1. Souviens-toi… l’été dernier

    Lew Archer, détective privé, est engagé par les Sebastian : leur fille, Sandy, dix-sept ans, a disparu et s’est visiblement enfuie en compagnie de Davy. Le problème, c’est que ce Davy a un petit passé criminel et semble être particulièrement instable. Rapidement, Archer va se rendre compte que sa tâche va être bien plus complexe.

    Ross MacDonald est un auteur dont l’œuvre a été encensée par nombre d’écrivains majeurs comme James Ellroy, Sue Grafton, James Crumley ou encore Michael Connelly, et c’est toujours un bonheur que de lire un de ses ouvrages. Celui-ci ne déroge pas à cette règle d’excellence et nous offre tout ce que l’on adore chez cet auteur : une écriture au cordeau, des dialogues secs qui claquent avec talent, des personnages fouillés et une intrigue qui fourmille de rebondissements. Ce qui enchante le plus, c’est cette incroyable mécanique mise en œuvre : chacun de ses rouages est habile, parfaitement huilé, s’emboîte parfaitement avec ses voisins, et l’ensemble du récit est un pur bonheur. Le lecteur n’a vraiment pas intérêt à cligner des yeux parce que le tempo de cette histoire est méchamment cadencé : Ross MacDonald ne se perd jamais en descriptions inutiles ni en circonvolutions artificielles, et les individus sont décrits en quelques phrases particulièrement bien senties. C’est un ravissement que de retrouver Lew Archer, à la psychologie imparable, peu enclin à la violence mais capable de se battre lorsque c’est nécessaire, d’une droiture hautement méritante, et qui promène un regard singulier et désabusé sur le monde qui l’entoure. Le scénario est très réussi, dense et dédaléen, mêlant chantages, un homme tué par un train quinze ans plus tôt, de sombres secrets de famille, des adultères et des viols. Comme il est écrit dans ce roman : « Si je devais vous l’expliquer, ça nous prendrait toute la journée ».

    Un ouvrage presque sexagénaire d’une grande richesse et parfaitement maîtrisé. Il est également sidérant de modernité, à moins qu’il ne soit tout bonnement intemporel.

    /5