La Poupée assassinée

(Killers rights)

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  • 8/10 … ou comment Roy Morgan, beau gosse tueur à gages et karatéka, mû par une violente pulsion pédophile, en vient à se jeter sur la jeune et belle Yumi Kobota, avant que le chaos ne se déclenche suite à cette agression. Pour une fois, je suis très heureux qu’un résumé de quatrième de couverture soit aussi faux, de même que le titre, ce qui m’a permis d’être rapidement surpris par le déroulé du récit, où il n’est nullement question de la mort de Yumi ni de « preux chevaliers » (que l’on pouvait comprendre comme étant des samouraïs ou des yakuzas avec un peu d’ironie). La terrible rencontre entre ce pervers de Morgan, assassin à la solde d’une mafia, et de la sourde-muette Yumi va engendrer à la fois une série de morts chez les mafieux et une enquête menée par deux policiers : Ohara, d’origine japonaise (mais que tout le monde pense, de prime abord, être irlandais si l’on pense que son nom s’écrit O’Hara) et Washington, un Noir assez décontracté et costaud. Un duo de limiers assez frais et qui se complètent l’un l’autre, Washington faisant son entrée au sein du service « Vols – Homicides ». La plume de Nan Hamilton est très agréable, aucun mot de trop, et une enquête menée à toute allure, riche en péripéties, qui préserve de purs instants de grâce (la rencontre entre Ohara et Yumi où cette dernière s’exprime par de simples gestes en raison de son double handicap, le cérémonial du suicide plus loin dans le roman, etc.), d’éphémères incursions dans la culture nippone (notamment lorsque Ohara est aux côtés de son épouse) et de très brefs passages laissant à voir le sort des Américains d’origine nippone lors ou juste après la Seconde Guerre mondiale. Pas mal de noirceur malgré la présence de salvateurs traits d’humour, notamment dans la relation entre les deux enquêteurs, de l’humanité également (par exemple dans les ultimes chapitres lorsqu’il s’agit de parler de la mère de Yumi, Hana) et des rebondissements quant à l’identité de l’assassin, sans jamais tomber dans la surenchère stérile d’effets faciles. Donc, beaucoup de sobriété pour une efficacité exaltée, une idée de départ alléchante et un traitement fort convaincant. Une réussite.

    12/10/2019 à 08:47 El Marco (1754 votes, 7.5/10 de moyenne)