4 votes
-
9/10 Dominique habite le Faubourg Saint-Honoré dans un immeuble où, par nécessité financière, elle loue une chambre de son appartement. Sa vie de vieille fille est rythmée par celle des locataires, Albert Caille et sa jeune fiancée, Lina, leurs bruits du quotidien, leurs aller-venues. Elle regarde aussi à travers ses persiennes la vie dans la maison d’en face, celle des Rouet, Antoinette et son mari Hubert, récemment malade et constamment alité, et les parents Rouet à l’étage du dessus.
Depuis le décès de son père, un an plus tôt, le Général Salès, veuf très jeune et à qui elle a consacré toute sa vie, Dominique est seule. Alors regarder, épier, imaginer la vie de ses locataires et des voisins Rouet, c’est un peu comme si elle vivait par procuration. Et la mort de Hubert ne l’étonne pas : Dominique a vue que ce drame se préparait. Oui, effectivement, elle a vu sa jeune épouse, Antoinette, versait les gouttes dans la plante de la chambre au lieu de les administrer et soigner son mari souffrant.
D’ailleurs, Dominique voulait la dénoncer à la police. Mais cette lettre anonyme, elle a préféré l’envoyer directement à Antoinette. Juste pour l’avertir que quelqu’un savait. Pourquoi a-t-elle prévenu Antoinette ? Peut-être qu’en la dénonçant, sa vie allait s’arrêter en même temps qu’on arrêterait Antoinette ? Que la vie de Dominique n’aurait plus de raison de continuer, cette vie par procuration ?
Avec La fenêtre des Rouet, Simenon offre un roman psychologique à la peinture sombre de la vie d’une femme, solitaire, dont la vie se résume à celle de ses locataires et surtout celle d’Antoinette Rouet qu’elle aurait aimé avoir eu : une existence au courage prononcé et à la liberté sans condition.hier à 10:28 JohnSteed (799 votes, 7.7/10 de moyenne) 2
-
9/10 … ou les sombres tourments de Dominique Salès, qualifiée de « vieille fille » de quarante ans, qui passe son temps à observer son entourage, et plus précisément la famille des Rouet qui habite en face de chez elle. Dominique est une dame lambda, presque anodine, dont on apprend quelques pans du passé – notamment lorsqu’elle se souvient de son militaire de père et lors d’un deuil, plus vers la fin du livre, et dont la globalité de la vie est un vide, une vacuité existentielle qu’elle comble comme elle peut en scrutant les autres, ou avec le couple des Caille, ces jeunes gens à qui elle loue une partie de son appartement. Grâce à la plume toujours aussi féroce, acide et râclée jusqu’à l’os de Georges Simenon, c’est un immense spleen qui nous envahit, presque toxique, au gré de ces pages toutes en lenteur, voire en langueur, lorsque Dominique se rend lentement compte que tout ce qu’elle a vécu jusqu’à présent n’aura été qu’une immense désillusion. Quelques extraits que je trouve adéquats et symptomatiques : « Attentive à la vie d’un autre, Dominique en oubliait de respirer pour son propre compte », ou encore « Était-ce cela, la vie ? Un peu d’enfance inconsciente, une brève adolescence, puis le vide, un enchevêtrement de soucis, de tracas, de menus soins et déjà, à quarante ans, le sentiment de la vieillesse, d’une pente à descendre sans joie ? ». Inutile de le redire, mais le style ainsi que l’histoire se servent l’une l’autre, comme assez souvent chez Georges Simenon, l’écriture rêche et âpre, où chaque mot est compté, s’adossant à un récit désenchanté, et inversement. Il y a bien quelques menus éléments policiers (le coup du médicament dans le pot de fleurs ou les lettres envoyées par Dominique), mais ça reste un drame presque pur. Une réussite totale à mes yeux, du début à la fin (mémorable, achevant cette partition déchirante sur une ultime note mineure), et une véloce déchéance derrière la trompeuse torpeur de ces maux qui s’enchaînent à merveille.
20/01/2019 à 18:28 El Marco (3850 votes, 7.2/10 de moyenne) 7
-
9/10 Un remarquable roman d'atmosphère autour de la solitude d'une "vieille fille" dont la vie se résume à regarder les autres vivre par sa fenêtre, notamment les bourgeois d'en face. Le spectacle tourne au drame et l'on assiste à la déchéance de cette pauvre femme tourmentée par ce qu'elle a vu.
Je garde, des mois après, des images très très précises de ce roman qui m'a donc vraiment marqué.
Absolument remarquable, encore une fois Simenon prouve qu'il est un grand.19/07/2018 à 12:48 LeJugeW (1903 votes, 7.3/10 de moyenne) 8
-
9/10 Un roman de Simenon sans "Maigret", je n'en ai pas lu beaucoup et en plus pratiquement sans enquête, c'est le roman de la solitude de Dominique.
Ce livre est une très belle étude psychologique, point de suspense dans ce roman, c'est l'immobilité d'une vie face face aux mouvements des autres.12/03/2018 à 15:30 janjak (466 votes, 7.9/10 de moyenne) 4
