El Marco Modérateur

1292 votes

  • La Chasse à l'ogre

    Michael Angelella

    9/10 Une implacable traque dans les années 1920-1930. D’un côté, Albert Fish, tueur en série particulièrement dément. Pédophile, coprophage, adepte du sadomasochisme, coprophile, s’automutilant (il s’est placé des tampons imbibés d’essence dans le fondement avant d’y mettre feu, ainsi que des aiguilles dans le bassin détérioré par une enfance douloureuse et une relation douteuse avec la religion. De l’autre, Will King, policier sagace et pugnace, prêt à tous les engagements dangereux, quitte à mentir sur son âge à plusieurs reprises pour s’enrôler dans l’armée au nom de sa preuse vision de la justice. Une intrigue qui se dévore plus qu’elle ne se lit, sans scène choc, fusillade, course poursuite ou autre pyrotechnie purement littéraire. Juste une chasse à l’homme crédible, s’appuyant sur la quête des bons indices, des témoignages, des recoupements. Un roman noir à la fois vertigineux et désarçonnant, aussi brutal dans les descriptions objectives des travers du monstre qu’habile et intelligent dans l’écriture employée. Et le plus innommable dans tout cela, c’est qu’Albert Fish a réellement existé, et que Robert Angelella n’a fait « que » retranscrire son histoire. J’en referme à l’instant l’ultime page, mais les frissons et la fièvre d’une telle lecture dérangeante ne sont pas prêts de me quitter. Je ne peux que vous conseiller d’aller lire sur le web ou ailleurs la biographie de Fish, parce que les croquemitaines de la réalité sont bien plus cruels, incroyables et barbares que ceux de la littérature. Un coup de cœur intégral pour ce livre inouï !

    23/05/2017 à 18:45 6

  • L’Amante d’Étretat

    Stanislas Pétrosky

    6/10 Isabelle et Frédéric en viennent à tomber amoureux. Une idylle splendide et totale, qui voit le jeune couple emménager à Etretat. Au cours d’une sortie en mer, Frédéric disparaît. Folle de douleur, Isabelle va affronter les diverses étapes du deuil. Mais Frédéric a-t-il véritablement été avalé par la mer ?

    Ce roman de Stanislas Petrosky est si court qu’il ressemble à s’y méprendre à une longue nouvelle. Avec des mots et des situations élémentaires, l’auteur nous porte des premières pages (le journal intime d’Isabelle où elle narre les déboires de sa famille) jusqu’à la dernière, contenant nécessairement une chute. Si l’ensemble se lit avec grand plaisir et une vélocité incroyable, notamment en raison d’un vocabulaire simple, l’écrivain ne nous emporte pas complètement. Le dénouement, certes intéressant, demeure trop téléphoné. Si l’on attend de ce type de récit un rebondissement final, celui qui clôt cet ouvrage est un peu trop évident pour réellement surprendre. De même, là où une langue nerveuse, sombre ou électrique aurait pallié cette carence finale, le lecteur sera déçu de n’avoir que des saynètes peu originales, des épisodes un peu fades et une écriture manquant de maturation. Le roman reste prenant et addictif jusqu’à l’épilogue, mais la résolution demeure bien en deçà de ce que l’on pouvait attendre. Dans une version toute littéraire du speed dating, cette histoire de Stanislas Petrosky nous convie à une rencontre en partie décevante dans son dernier acte, où le lecteur est dépité de ne pas être plus amplement surpris.

    23/05/2017 à 18:41 2

  • Horreur boréale

    Åsa Larsson

    8/10 Viktor Strandgard vient d’être retrouvé mort dans l’église où il professait. Enucléé, poignardé à de multiples reprises, une main découpée. Celui que l’on surnommait « Le Pèlerin du Paradis » devait sa notoriété au fait qu’il avait soi-disant ressuscité d’un accident. En voudrait-on à l’église de la Force originelle ? Sanna, la sœur de Viktor, contacte aussitôt son amie Rebecka Martinsson, une avocate fiscaliste, pour venir la défendre. Ce sera, pour Rebecka, l’occasion de revenir en des lieux où nombre de ses plaies demeurent béantes.

    Ce premier ouvrage d’Åsa Larsson, datant de 2003, saisit d’entrée de jeu : il ne faut que les deux premières pages, décrivant la mort de Viktor, pour être plongé dans le récit. Et c’est ensuite une plume très élégante et poétique qui nous accompagne en ces lieux plongés dans le froid et la neige. L’occasion de croiser de nombreux personnages forts et denses. Anna-Maria, enceinte, pugnace et maligne. Car von Post, le procureur cassant et assoiffé de grimper dans la hiérarchie. Il y a aussi les deux filles de Sanna, Lova et Sara, attachantes en diable, et dont l’écrivaine nous les rend, en quelques mots et attitudes adorables, vivantes et palpables. Rebecka, bien entendu, qui a tant à craindre d’un retour à Kiruna, la ville minière où a eu lieu le meurtre. Un personnage fort et enthousiasmant, au point qu’Åsa Larsson lui consacre la place centrale de tous ses ouvrages. Et les fantômes des pasteurs, tous saisissants par les zones d’ombre au-dessus desquelles ils planent. Au-delà des mots, fort jolis et ensorcelants, il y a des maux : conflits d’intérêt, enfants oubliés, amours éconduites, rapports ambigus à la religion, familles au bord de l’implosion. Un puzzle funeste dont les diverses pièces vont se réunir au cours de ces six jours d’enquête, cadencés par de nombreuses références à la bible.

    Une bien belle réussite littéraire pour Åsa Larsson, avec ce livre séduisant et fort. Un ouvrage qui donne particulièrement envie de lire les autres romans de cette écrivaine.

    23/05/2017 à 18:38 3

  • Joyland

    Stephen King

    9/10 Un ouvrage que j’ai trouvé remarquable et vers lequel je suis allé, je dois le reconnaître, à reculons. Mais une fois pris par les mots du King, dans cette histoire chorale poignante et bouleversante, je n’ai jamais décroché du récit. Une magnifique galerie de personnages, denses et terriblement humains, dans leurs fêlures comme dans leurs vaillances, se mouvant au gré d’un scénario remarquable de simplicité. Sous la plume d’autres auteurs – et je ne vise bien évidemment personne, cela aurait été plat, décousu, racoleur. Ici, tout est mouvant, structuré, de très bon aloi. Des amitiés qui se nouent et de dénouent, des amours blessées tandis que d’autres, naissantes, vont aider Devin Jones à suturer ses plaies. Certes, l’histoire de l’homme aux mains tatouées et l’assassinat des jeunes filles passe au ixième plan, mais on s’en moque, et royalement. Seul compte ce remarquable récit, presque initiatique, où Stephen King nous prend par la main et nous ramène dans un temps béni, serti des joies bon enfant suscitées par ces manèges et autres attractions qui nous ont tous, au moins un temps, émus. Et que dire de la bouleversante histoire d’amitié entre Devin et Mike, un jeune bonhomme atteint de dystrophie musculaire, qui se conclut sur une sublime scène – hautement symbolique – d’un cerf-volant dominant finalement l’ensemble de l’opus ? Un texte magistral qui emprunte certains codes, usages et obsessions de l’auteur à d’autres de ses ouvrages. Sublime, tout simplement.

    23/05/2017 à 18:37 6

  • Ajin tome 1

    Tsuina Miura, Gamon Sakurai

    7/10 Un étrange mélange de fantastique, de suspense et d’horreur, avec pas mal de combats à la clef, et aussi des bases solides établies pour la suite de la série. Un graphisme sombre, des ambiances anxiogènes, et une utilisation certes peu originale mais bien menée du thème du complot et des expérimentations.

    23/05/2017 à 18:35

  • La fièvre de la pleine lune

    R. L. Stine

    3/10 Une intrigue de prime abord très classique (sur la lycanthropie), et que le déroulé et les péripéties ne viennent pas démentir. De jolis moments de suspense et de tension, aptes à séduire de jeunes lecteurs pas trop regardants quant au manque d’originalité de l’histoire. Et puis, un rebondissement intéressant intervient vers la fin, aux vingt-sixième et vingt-septième chapitres, vraiment inattendus… si cette maudite illustration du livre, en laissant clairement apparaître cet événement intéressant, n’avait tout simplement pas anéanti tout sursaut scénaristique ! Une véritable honte de la part de la maison d’édition, qui engendre une immense désillusion et crispation pour le lectorat, en sabotant tout bonnement le travail de l’auteur !

    23/05/2017 à 18:34 1

  • Dead Tube tome 1

    Touta Kitakawa, Mikoto Yamaguchi

    8/10 … ou comment le jeune étudiant en art cinématographique Tomohiro Machiya est pris au piège par la belle Mai Mashiro. Un habile jeu de massacre, avec la culpabilité et le désir charnel en guise de collets. Une intelligente réflexion sur le thème de la popularité et du divertissement, vouant aux gémonies les réseaux sociaux et autres médias liés à l’image. Un mélange prenant d’érotisme sauvage mais assumé (avec nombre de naïades court vêtues et aux poitrines opulentes) et de violence, qui s’achève sur un rebondissement inattendu tournant autour de Sanagi, et où Tomohiro comprendra la réelle étendue de ce « Dead Tube ». Certes racoleur, mais diablement efficace.

    23/05/2017 à 18:32

  • Le Cri

    Marc Falvo

    8/10 Paul et Sam viennent d’emménager dans leur nouvel appartement. Lui est un chômeur, autrefois pigiste, et elle travaille dans l’événementiel. Un couple sans histoire, heureux de vivre. C’est une nuit d’insomnie qui conduit Paul à entreprendre un rapide travail de plomberie dans l’habitation, au cours duquel il découvre, soigneusement emballé, un texte. Une nouvelle intitulée Faux contact. C’est alors le début d’une descente aux enfers, au fur et à mesure des découvertes d’autres récits, écrits de la main d’on ne sait qui…

    Si ce roman de Marc Falvo a, entre autres, une citation de Philip K. Dick en guise d’épigraphe, et que Paul lit souvent du Stephen King, ce n’est pas anecdotique. L’auteur a bâti une intrigue complexe et qui surprend d’entrée de jeu. Des mystères en cascade dans l’immeuble, des locataires étranges, des disparitions : la toile est habile. Le récit évite également la linéarité, avec des extraits de quotidiens, d’interviews télévisées, de journal intime, sans compter, bien évidemment, ces étranges histoires qui ont été cachées dans l’appartement. Tant dans le fond que dans la forme, Marc Falvo truffe son ouvrage de faux-semblants, de pièges, d’informations à double sens. Les changements de cap, les renseignements contradictoires, les bouleversements de points de vue sont même si nombreux, l’ambiance si fantasque, que l’on en vient à se demander si l’auteur n’a pas perdu ses propres repères en cours de route. Et, lentement, dans la dernière partie du roman, les pièces du puzzle s’assemblent. Quelques pages suffisent à achever cette intrigue anxiogène et paranoïaque, sacrément déconcertante. Une œuvre qui ne cherche pas à séduire, mais plutôt à désorienter, ce en quoi elle réussit à merveille.

    21/05/2017 à 17:43 6

  • Carnaval

    Ray Celestin

    9/10 1919. Un énigmatique tueur en série effraie La Nouvelle-Orléans. Il massacre des personnes sans rapport apparent entre elles à l’aide d’une hache, et dépose dans les plaies des cartes de tarot. Tandis qu’un ouragan s’approche des portes de la Louisiane, plusieurs personnes vont, pour des raisons diverses, tenter de s’approcher de ce monstre, à leurs risques et périls.

    Ce premier ouvrage de Ray Celestin frappe fort. Très fort. L’auteur s’est abondamment documenté, tant sur les lieux que sur l’époque, et nous livre une passionnante balade. Ses mots, toujours justes et charmants, nous plongent dans l’ambiance si particulière de la cité, à la fois dans ce qu’elle comporte d’énigmatique voire de putrescent (pègre, prostitution, racismes, etc.) comme dans ses aspects attrayants (histoire riche, identité unique, jaillissement du jazz, premières amorces du blues). L’histoire s’inspire de faits réels, même si l’auteur joue ici sa propre partition, assez loin de la vérité historique, mais nul ne s’en plaindra. Le récit est envoûtant, et l’on ne voit guère défiler les pages. Il faut dire que l’auteur a convoqué des limiers pour le moins hétéroclites et sacrément intéressants. Luca D’Andrea, ancien policier tombé pour corruption et sortant à peine de prison. Ida, secrétaire à l’Agence Pinkerton, amatrice des romans de [Conan Doyle+Arthur], accompagnée Lewis qui vit de grands rêves en tant que musicien. Michael Talbot, au visage grêlé par la vérole, et vivant reclus, en raison des lois ségrégationnistes, avec ses deux enfants et sa femme dans la mesure où celle-ci est noire. John Riley, journaliste au New Orleans Times-Picayune, rongé par les excès, et notamment par la drogue. L’enchaînement des chapitres est parfaitement huilé et brillant, laissant chacun des protagonistes quêter les indices, plonger dans la fange de la ville, recouper les délations et mobiliser toutes ses forces, physiques comme psychologiques, pour approcher le tueur. Ce dernier marquera d’ailleurs les esprits : à la fois engendré d’un passé barbare et d’une manipulation, il est à mille lieues des stéréotypes littéraires du genre, démontrant également à ce niveau l’intelligence de Ray Celestin.

    Sublime carte postale envoyée depuis le passé et d’une ville fascinante dans ses excès comme dans ses scintillements, ce roman ensorcelle littéralement. On en vient presque à ressentir sous les doigts, à mesure que passent les pages, les pulsations de The Big Easy et les personnalités des individus conçus par l’écrivain. Un très grand moment de littérature noire.

    21/05/2017 à 17:40 7

  • Sky-High Survival tome 2

    Tsuina Miura, Takahiro Oba

    9/10 Toujours aussi surprenant et efficace, conçu et dessiné comme un angoissant blockbuster américain. De belles scènes surprenantes, avec une touche d’érotisme bien appuyée, et pas mal de violence, tandis que Yuri commence à mettre en œuvre une stratégie d’entraide dans ce monde aérien peuplé de tueurs sanguinaires. Un véritable régal à mes yeux !

    09/05/2017 à 19:45

  • Trop petit mon ami

    James Hadley Chase

    8/10 Un petit régal de littérature noire. Une intrigue qui commence sur les chapeaux de roue, avec une plongée d’entrée de jeu dans le vif du sujet, et une pléthore de personnages suffisamment travaillés. Le reste de l’histoire est habilement mené, sans pour autant marquer durablement les esprits. Des individus savoureux, avec un nain, Ticky Edris, machiavélique, un complice, Philip Algir, prêt à tout pour gagner de l’argent, des policiers qui vont être mis sur la piste de ces deux lascars au gré d’une simple activité de plage en famille, et Ira, belle jeune fille, dépassée par son rôle de marionnette humaine, à qui l’on a fait jouer un rôle trop ardu et sanglant et diabolique dans cet intéressant cambriolage de banque. Une mécanique très bien lubrifiée jusqu’à cet inévitable final, décliné en plusieurs épisodes, et sans la moindre happy end. Une bien belle réussite qui me réconcilie avec l’œuvre de James Hadley Chase qui m’avait, au hasard de mes lectures, assez déçu ces derniers temps.

    09/05/2017 à 19:43 4

  • Détective Conan Tome 10

    Gosho Aoyama

    8/10 Au programme : la résolution de l’énigme inachevée à la fin du volume 9, un meurtre en chambre close où Conan va également affronter un redoutable détective challenger, un mystérieux trafic dans une bibliothèque, et un homicide dans un chalet où tous les suspects ont un solide alibi et où la victime, un professeur en chirurgie, a eu le temps de laisser un message codé aux enquêteurs. Des histoires toujours aussi bien ficelées, malignes et dynamiques. Un véritable régal, pour les jeunes et les moins jeunes.

    09/05/2017 à 19:41

  • La Prisonnière du ciel

    Serge Brussolo

    8/10 Deuxième tome toujours aussi délirant d’une série toujours aussi délirante écrite par un auteur toujours aussi délirant. On y retrouve Peggy Meetchum, cette fois-ci chargé de mener l’enquête sur une femme tombée du ciel, transformée en véritable sac à os et organes… mais toujours vivante. S’ensuit une histoire comme sait si bien les tricoter Serge Brussolo, avec une substitution d’identité, des scientifiques complètement barrés, l’emploi des nanotechnologies, un asile dans l’espace, des manipulations génétiques, des mères porteuses dévoyées, des monstres si puissants que l’on a du mal à s’en débarrasser, etc. Comme pour le précédent opus, certains regretteront la pléthore d’effets et de rebondissements ; à titre personnel, même s’il est indéniable que le bouchon est parti sacrément loin, l’écrivain sait captiver, générer des récits qui ne ressemblent à aucun autre, pour un plaisir distractif qui n’a jamais cessé de fonctionner.

    09/05/2017 à 19:37 5

  • Sous l'Œil de l'écorcheur

    R. L. Stine

    4/10 Autant j’ai trouvé le début de l’histoire intéressante et aguicheuse, avec cette débauche d’étranges gentillesses faites à Dustin, la substitution d’identité entre Dustin et Ari, ces mystérieux enfants visiblement insensibles à la douleur, l’histoire du croquemitaine, etc., autant je trouve la fin complètement manquée, avec force ingrédients fantastiques, spectres courroucés, esprits vengeurs et tout le toutim. A mes humbles yeux, une profusion d’effets qui, à la manière d’un mets saupoudré de trop d’épices, en vient à devenir trop disparate, ayant perdu sa saveur initiale et, pour tout dire, raté.

    09/05/2017 à 19:34 2

  • Atlas du crime parfait : braquages, évasions, vols d'oeuvres d'art... : sur les traces des plus grands escrocs du siècle

    Fabrice Colin

    8/10 Un très bon documentaire portant sur des cambrioleurs, faussaires, bonimenteurs et escrocs. Il y est même question d'un piratage musical, de vol d’œuvres d'art, d'évasions de prison, de piratages informatiques. Deux pages de texte par affaire accompagnées presque à chaque fois d'une illustration (plan des lieux, carte, etc.). C'est riche, varié, et en même temps suffisamment lapidaire pour ne jamais ennuyer. Un livre original et prenant où l'on peut éventuellement butiner en fonction de ses envies et préférences. J'ai vraiment passé un agréable moment au côté de ces criminels, pas obligatoirement célèbres ou mal intentionnés.

    28/04/2017 à 11:12 2

  • Piège pour Cendrillon

    Sébastien Japrisot

    8/10 Une explosion accidentelle a plongé Michèle Isola dans l’amnésie. Sévèrement brûlée, elle n’a plus en tête que des bribes de souvenirs de sa vie d’avant. Tandis que Jeanne, sa tutrice, s’attache à son bien-être, des zones d’ombre naissent.

    Sébastien Japrisot n’a pas une bibliographie très abondante, raison pour laquelle chacun de ses ouvrages constitue un rendez-vous que l’on ne saurait rater. Avec ce Piège pour Cendrillon, il enchante, du début à la fin. Assez court, ce roman n’en est pas moins dense : les non-dits, les éclaircies de vérité et les rebondissements sont nombreux, obligeant une lecture attentive, d’autant que le style est excellent. L’héroïne – mais en est-ce vraiment une ? – apprend à se reconstruire en réunissant les fragments de sa mémoire, depuis sa coexistence avec Domenica Loï, une amie d’enfance. Lentement, au gré de fulgurances, de rencontres et d’une longue quête intime, elle va finir par douter de sa propre identité. Est-elle vraiment Mi ? En à peine plus de deux-cents pages, Sébastien Japrisot a tissé une histoire fort consistante, parsemée d’allers-retours avec le passé, et prenante comme il n’est guère permis. Pour reprendre la formule d’Arthur Rimbaud, « Je est un autre ». Et c’est précisément cette question qui va hanter Michèle jusqu’au dénouement, n’intervenant que dans l’ultime page.

    Un roman ensorcelant, adapté au cinéma en 1965, qui ne cesse de hanter, même après qu’on l’a terminé. Il est d’ailleurs à noter qu’il a été écrit en 1963 : rares sont les quinquagénaires à avoir conservé un tel charme.

    26/04/2017 à 17:40 5

  • Amandine et les brigades du Tigre

    Lucienne Cluytens

    7/10 1909, au Crotoy. Amandine, fille de bonne famille, s’égaie des exploits aéronautiques des frères Caudron, rencontre l’écrivaine Colette en villégiature. C’est alors qu’un vol de bijoux suivi du meurtre d’Anaïs, domestique de sa maison, plonge les alentours dans la stupéfaction. Amandine décide de prêter son concours aux forces de police pour démêler cette affaire.

    De Lucienne Cluytens, on a déjà apprécié, entre autres, Les Bagnoles ne tombent pas du ciel ou LaPanthère sort ses griffes. Ici, elle nous revient avec cet ouvrage issu de la collection Belle Epoque. Un livre enthousiasmant et rafraîchissant, du début à la fin. L’ambiance du début de siècle est parfaitement restituée, les lieux également, et c’est avec plaisir que l’on se laisse promener par l’auteure au gré des pages. L’intrigue est intelligente, bien menée et parfaitement plausible, sans effet de manche ni artifice malvenu, avec l’esprit qui caractérise Lucienne Cluytens. Ce livre est aussi un joli portrait de femme, en la personne d’Amandine : dégourdie et impatiente, pugnace, en butte aux préjugés et mœurs de l’époque où les dames ne peuvent prétendument s’accomplir qu’au travers de mariages de convenance, sans réelle liberté. Elle découvrira l’amour avec le bel Alexander, mais aussi les frissons de l’enquête criminelle avec Raoul Plantier, policier issu des Brigades du Tigre, jusqu’à la résolution de ce vol et de deux homicides.

    Une efficace énigme déposée sur une élégante carte postale : idéal pour se divertir !

    26/04/2017 à 17:36 1

  • Il n'y a pas de passé simple

    François-Henri Soulié

    9/10 Jeune journaliste stagiaire au Courrier du Sud-Ouest, Skander Corsaro compte réaliser un article sur l’abbaye de Morlan. Mais, une fois les quelques interlocuteurs interviewés sur place, l’oubli du capuchon de son appareil photo l’oblige à rebrousser chemin et, malencontreusement, saisir un dialogue entre l’architecte et le conservateur où il est question de l’abbé Soeuil. Qui est ce mystérieux abbé ainsi évoqué ? Pour Skander, c’est le début d’une enquête riche, qui va le mener à rouvrir des plaies ouvertes il y a bien longtemps.

    Il s’agit du premier ouvrage de François-Henri Soulié, et dont le second tome, Un Futur plus que parfait, est sorti en mars dernier. Ce qui séduit d’entrée de jeu, c’est le style de l’auteur. Il est fourmillement. De répliques drôles et toujours de bon aloi. De justes réflexions quant à l’être humain et la société. De mises en scène de situations parfois rocambolesques, où l’absurde le dispute au croustillant. De délicieux petits plaisirs littéraires, gorgés de malice et d’esprit, certes souvent fugaces, mais qui débouchent fréquemment sur de nouvelles saynètes savoureuses. On en vient volontiers à reprendre certains passages, moins pour ce qu’ils apportent à l’enquête en tant de telle, que pour l’allégresse qu’il procure au lecteur. Les divers personnages sont un régal. Skander, moitié français moitié – lui-même le confesse – on ne sait pas trop quoi, pris entre la culture européenne et les lustres orientaux. Léo Orson, le peintre paralysé qui ne peut se déplacer qu’à l’aide d’un fauteuil hightech, à l’altruisme immense. Max, le tenant du bistrot. Tonio, le fidèle ami de Skander, anarchiste, homosexuel, grand lanceur de pépites philosophiques, et toujours prêt à aider son ami d’enfance. Berland, le directeur du journal, d’une absolue humanité pour son stagiaire. Arthur Schoenberger, dit Chon-Chon, bouquiniste plein de ressources et survivant d’Auschwitz. Sans compter Sandra, la spectrale fille de Léo et pour laquelle Skander a immédiatement ressenti une inclination onirique, quitte à déboussoler ses rêves et lui faire subir des hallucinations. Le récit purement policier va également mener notre limier d’un mystère à un autre, entre des événements ayant eu lieu peu de temps avant la Révolution française, la Seconde Guerre mondiale, et des complots très contemporains, très politiques, et très sordides. C’est aussi cela l’un des grandes qualités littéraires et scénaristiques de déploie François-Henri Soulié : souffler le chaud et le froid, le réjoui et le dramatique, le sautillant et le monstrueux. Parce qu’une honorable vieille dame, recluse dans une maison de retraite aux forts accents catholiques, malgré ses pertes de repères historiques au point de confondre passé et présent, constituera l’un des détonateurs déposés sur une immense charge explosive qui vaporisera de nombreux personnages. Si la salve des premiers chapitres laisse penser que l’ensemble du récit sera allègre, voire gentiment futile, la suite des événements prouvera le contraire, exposant aux yeux terrifiés des protagonistes des pages monstrueuses de l’histoire française. Cette cohabitation du léger et du terrible aurait pu mener à une fusion, voire une confusion des genres, un brouet infâme, au risque de perdre le lecteur, ou lui faire penser que François-Henri Soulié n’a jamais su choisir son registre. Ici, il n’en est rien. Il vient au contraire souligner l’intelligence d’un auteur qui a su apporter, avec correction et justesse, ces deux éléments sans jamais les mélanger ou les noyer l’un dans l’autre pour les neutraliser.

    Un roman vif, érudit et passionnant, ayant amplement mérité le Prix du premier roman policier du festival de Beaune de 2016. Et cet enchevêtrement des diverses époques historiques évoquées, ici imbriquées dans cette chasse au trésor, démontre la pertinence du titre choisi : Il n’y a pas de passé simple.

    26/04/2017 à 17:29 3

  • Détective Conan Tome 87

    Gosho Aoyama

    7/10 Au programme de ce tome 87 : la fin de l’énigme présentée dans le numéro 86, avec une intéressante référence générale à Takeda Shingen ; une rivalité mortelle entre deux blogueuses (et une sympathique énigme autour d’un crime en chambre close) ; et une plongée dans l’enfance de Shinichi et Ran (à la clef, une inattendue première enquête, émouvante, avec un attachant croisement des points de vue autour des mêmes situations et actions). Et enfin, un meurtre dans un restaurant et mettant en scène deux vedettes, dont on ne connaîtra la résolution qu’à l’opus suivant. L’ensemble reste toujours aussi plaisant et dynamique !

    23/04/2017 à 08:41

  • Real Account tome 1

    Okushô, Shizumu Watanabe

    8/10 Une histoire prenante et originale, dénonçant avec intelligence les perversions induites par les réseaux sociaux. Un réquisitoire qui s’illustre notamment au gré des diverses épreuves subies par les personnages, prisonniers dans cet univers virtuel dominé par cet étrange individu, Marble, où l’on est obligatoirement conduit à réfléchir aux notions d’amitié réelle, de popularité et d’identité. Un délicieux jeu de massacre qui s’achève de manière inattendue, avec l’arrivée de Marble dans le monde réel. Délassant et efficace, tout autant qu’intéressant et sacrément corrosif.

    23/04/2017 à 08:39