El Marco Modérateur

1415 votes

  • Blood Father

    Peter Craig

    9/10 par El Marco aujourd'hui

    Lydia a dix-sept ans et elle est en cavale. Son amant et pygmalion, Jonah, est mort. Elle vient de lui tirer dans la gorge. Jonah était un escroc, spécialiste de la drogue, sa création et son transport. Mais quand il lui a demandé d’abattre un homme, Lydia a refusé et tourné le canon de l’arme contre ce caïd. Désormais, elle doit fuir les anciens compagnons du défunt. Elle ne peut trouver de l’aide qu’auprès d’une personne : John Link, son père. Pour ce dernier, ce sera peut-être la dernière occasion de renouer avec sa fille.

    Peter Craig n’a pas une bibliographie très riche, avec trois ouvrages parus, dont seulement deux parus en français. Et le moins que l’on puisse dire, après avoir lu ce Blood Father, c’est que la qualité vient pallier la piètre quantité. Ces presque quatre-cents pages tiennent de la virtuosité littéraire. Le lecteur est placé, dès le premier chapitre, dans l’épicentre du meurtre qui bouleversera à jamais la vie de Lydia puis de John. Les mots sont fabuleux, choisis avec un goût rare, oscillant entre poésie et réalisme cru. Peter Craig a opté pour le choix judicieux des flashbacks, nous permettant de mieux connaître les divers protagonistes. John, biker, mouillé dans de nombreuses histoires de drogue, mis en prison pour le meurtre de l’un des siens qui l’a trahi, capable d’ouvrir des flots entiers pour protéger sa gamine, tenter de rattraper le temps perdu, lui inculquer quelques fragments d’éducation, et bien évidemment la sauver. Un personnage remarquable, loin des clichés inhérents du genre. Lydia, dont la naissance fut déjà compliquée, devenue ensuite une enfant colérique, autodestructrice et mal dans sa peau, au point de fréquenter les pires engeances de la terre. Ursula, mère de Lydia, ayant succombé au charme viril et atypique de John, et ayant rapidement abandonné sa charge de tutrice face aux frasques de sa descendance. Et Jonah, terrible manipulateur, à la fois chargé de colères brûlantes et animal à sang froid, et à propos duquel le dix-septième chapitre livre un rebondissement enthousiasmant. Des individus forts, denses, aux trajectoires faites d’angles torturés et de lignes brisées. Peter Craig n’en oublie pas quelques salutaires touches d’humour, notamment dans les dialogues père – fille. Au fil de ces pages d’une immense justesse ponctuées de scènes mémorables – l’arrivée des copains de Jonah devant la caravane de tatouage de John, le proto-État que le Prêcheur a voulu instaurer pour les Hell’s Angels, ou l’épisode final dans le désert –, l’auteur déploie un rare talent de conteur, trouvant toujours les mots justes pour décrire l’être humain dans ce qu’il a de plus profond, entier et complexe. Une littérature de haute volée, entre le blanc et le noir, qui nous grise. A noter, une anecdote amusante : dès la deuxième page, Lydia repère une publicité pour un film qui dit : Il a le pouvoir d’entendre les pensées des femmes…. Il s’agit du film Ce que veulent les femmes avec Mel Gibson, le même acteur qui va incarner, onze ans après la sortie du roman, le rôle de John Link dans son adaptation cinématographique.

    09/01/2018 à 20:32 5

  • Bloc 11

    Pierro Degli Antoni

    8/10 Au milieu des années 1990, par un étrange hasard, Moshe entend sur un bateau une formule, Mützen ab, à savoir Enlève ton chapeau en allemand. Une phrase qui le renvoie une cinquantaine d’années plus tôt, au camp d’Auschwitz. Alors emprisonné dans ce camp de concentration et d’extermination, trois prisonniers avaient trouvé le moyen de s’échapper. Le commandant du camp, Karl Breitner, ordonna alors que dix détenus seraient placés dans une sorte de buanderie, le bloc 11, afin qu’ils décident qui d’entre eux serait fusillé au petit matin. Dans la même nuit, Breitner va jouer une étrange partie d’échecs avec son jeune fils Felix.

    Très difficile, voire impossible de ne pas frémir en lisant ce roman de Piero Deglia Antoni. Un livre sombre et glacial, plongeant le lecteur dans l’enfer concentrationnaire d’Auschwitz. Des mots secs et acérés, rendant palpable les horreurs du génocide des Juifs. Des conditions de vie atroces, décuplées par la cruauté des geôliers et autres kapos responsables de l’encadrement. Dans ce huis clos terrifiant, les individus, relégués au rang de bétail à qui l’on prête un minimum de libre arbitre devront donc décider qui des leurs sera sacrifié afin de sauver la vie des neuf autres codétenus. Des pourparlers, des atermoiements, de saines réflexions, et de très pertinentes pensées quant à la rédemption et la culpabilité. Dix êtres vivants très différents, depuis l’homosexuel à la brute criminelle en passant par le rabbin, le fils de SS ou un riche homme d’affaires. Piero Deglia Antoni a su apposer sur ces âmes et ces situations des termes humains, crédibles, avec une réelle légitimité morale et historique, remerciant à la fin de son ouvrage Nedo Fiano, écrivain ayant survécu à Auschwitz. La partie d’échecs entre le Sturmbannführer et son fils unique est aussi très intelligente, puisque, dans un souci pédagogique, il va tenter d’inculquer à son enfant des principes et des conseils quant à la manière de mener une guerre psychologique, briser un moral, jouer sur les altérités d’un groupe hétérogène, etc.

    Un ouvrage dense et poignant, tenant à la fois de la littérature noire et blanche, qui grise le lecteur de bout en bout.

    09/01/2018 à 20:30 7

  • Projet Sin

    Lincoln Child

    7/10 A l’institut de recherche Lux, un think tank regroupant de nombreux scientifiques, l’un d’entre eux, Willard Strachey, bascule dans la folie : il se suicide en plongeant sa tête sous une fenêtre et en se décapitant. L’énigmologue Jeremy Logan est engagé pour enquêter sur ce décès fort mystérieux, ce qui le mène vers l’aile ouest du bâtiment et une étrange machine…

    Après Deep Storm et La troisième porte, Lincoln Child met une nouvelle fois en scène Jeremy Logan, qui est un personnage suffisamment attachant et original pour entraîner l’adhésion du lectorat. Brillant, physiquement séduisant, doué d’une empathie presque surnaturelle, s’adressant parfois à haute voix à son épouse récemment décédée, il est expert dans les résolutions des problèmes en apparence impossibles à démêler. D’ailleurs, sa scène d’introduction, ou comment il mystifie son public à propos du monstre du Loch Ness, est un petit régal. Et ce qu’il va découvrir et affronter dans ce manoir de Rhode Island est rapidement alléchant : des individus qui se mettent à entendre des voix, persistantes et insoutenables, au point de les pousser à attenter à leur vie. L’écriture est à la fois simple et efficace, et les quelque quatre cents pages défilent à toute allure. Les ambiances alternent avec intelligence, passant du classique mais jouissif whodunit au roman d’aventures, avec un soupçon de surnaturel et de techno-thriller, sans oublier une dose d’espionnage. Un panachage des genres que Lincoln Child maîtrise parfaitement, là où l’on aurait décemment pu craindre un embrouillamini indigeste ou un brouet dans lequel toutes les saveurs se seraient annihilées. En revanche, le récit souffre de quelques longueurs un peu inutiles, d’incursions pas assez vulgarisées dans certains domaines trop techniques et pointus, et principalement d’un manque de suspense réel quant à la nature et les effets de cet étrange appareil confiné dans la pièce dérobée. Les indices sont trop nombreux et les cas de folies chez les scientifiques suffisamment abondants pour que le lecteur, même distrait, ne comprenne pas rapidement les risques qu’il engendre.

    Ce Projet Sin n’en demeure pas moins un roman sacrément distrayant, prenant du début à la fin. L’archétype du bon bouquin de plage pour bronzer tout en se délassant, ou apte à devenir un blockbuster hollywoodien.

    09/01/2018 à 20:27 4

  • Overdrive

    Gérard Lecas

    6/10 … ou comment j’ai cru, presque jusqu’au bout, que le titre et le résumé de la quatrième de couverture n’avaient aucun rapport avec le roman. Un vrai millefeuille littéraire, que ce livre, ou plus exactement une succession d’histoires qui ne semblent avoir aucun lien les unes avec les autres. Cela commence par un trafic de drogue venant de Chine, un responsable assassiné, puis la disparition de vingt kilos de d’héroïne. Par la suite, apparaît le Premier Ministre de la France, puis des attentats, des collusions interlopes entre tous ces milieux, et des grenouillages multiples. On ne sait que plus tard le lien entre Serge – le premier maillon responsable de la perte de la drogue – et l’homme politique, et tout commence à prendre sens. Pas du tout inintéressant, cette intrigue, même si pas mal d’éléments et autres ressorts me semblent un peu trop capillotractés, ou alors pas assez développés (le livre ne faisant qu’environ deux cents pages). C’est finalement le lien et l’histoire entre Serge et le Premier Ministre que je vais garder en tête, avec ce final, où l’overdrive de cette Volvo 123 GT va enfin venir jouer son rôle, faire écho à un passé douloureux, et clore la boucle scénaristique de ce livre. Peut-être rien de transcendant ni de très novateur, mais je l’ai globalement bien apprécié.

    07/01/2018 à 00:11 3

  • Prophecy - The Copycat tome 1

    Fumio Obata, Tetsuya Tsutsui

    7/10 Une ouverture de série intéressante, avec cette amitié entre Takeru, Sota et Kyoko, qui sera métamorphosée suite au viol de Kyoko et la lente volonté de vengeance de ce trio, qui va copier les actes et méthodes du Paperboy. Un spin-off intéressant, comme assez souvent avec Tetsuya Tsutsui, avec également les graphismes sombres et efficaces de Fumio Obata. Il est bien évidemment un peu trop tôt pour se prononcer avec un seul opus, mais voilà une série engageante qui je vais tâcher de suivre de plus près.

    07/01/2018 à 00:09

  • No Guns Life tome 2

    Tasuku Karasuma

    9/10 Encore une fois, je me suis laissé happer par le rythme et l’inventivité de cette série. Un graphisme remarquable allié à un scénario très réussi, et les pages ont défiler d’elles-mêmes entre mes mains jusqu’à la fin. L’apparition et les exactions de ce robot, Gondry, qui s’en prend à d’anciens membres de sa section, sont les éléments marquants de cet opus qui s’intègre avec maestria dans le cours de la saga. Du panache, de l’originalité tout en exploitant les codes du genre, de l’action, et une âme réelle pour ce manga plus que réussi. Un exemple marquant à mes yeux de cette réussite : la dernière enquête, présente en fin d’ouvrage, qui est plus un bonus qu’autre chose, vaut à elle seule le déplacement, avec cette histoire qui mêle un contrat octroyé par une gamine à Jûzô pour tuer un homme qui prostitue de force des enfants et… qui amène à de multiples rebondissements d’une extrême qualité. Une véritable pépite !

    07/01/2018 à 00:08

  • Ninja Slayer tome 1

    Bradley Bond, Yûki Yogo

    7/10 Un mélange détonnant de baston, de suspense et d’humour. Des scènes d’action à revendre, avec des clones-yakuzas, des zeppelins en forme de poissons dirigés par des super méchants, un tueur capable d’enflammer ses victimes avec ses poings, un ninja robot, etc. En plus de cette multiplicité de bagarres, un ton sacrément décalé, avec un humour inattendu, presque parodique, pour un manga qui, au final, parvient à trouver justement l’équilibre entre les attendus d’un tel récit et cette malice.

    07/01/2018 à 00:07

  • Les Enfants du labyrinthe

    Claude Carré

    7/10 … ou comment Jenny, Yann et Michka se retrouvent, suite à un souci lors d’un voyage en immersion linguistique en Angleterre, aux prises avec une étrange vieille dame en la personne de Mme Gilbraith. Une maison, labyrinthique, dont les murs pivotent pour en faire un dédale mouvant, et deux puis les trois malheureux gavroches qui doivent affronter cette terrible harpie, et dans le même temps libérer deux gamins de leur âge. Une écriture simple et efficace, des illustrations très jolies et appropriées, et un suspense bien mené pour cet ouvrage destiné à la jeunesse qui se lit vite et facilement. Seul regret : les motivations psychologiques de la kidnappeuse ne sont pas du tout abordées.

    07/01/2018 à 00:07 2

  • Le mangeur d'hommes

    R. L. Stine

    5/10 Une histoire sympathique, qui se laisse lire, avec l’enchaînement de péripéties attendues, et autres ressorts traditionnels, qui plairont certainement aux fans de R.L. Stine. Mais pour ma part, je suis beaucoup moins convaincu : certes, le style de l’écrivain demeure, mais le coup de la machine à écrire qui permet de réaliser ce qui s’y écrit, ça sent vraiment le réchauffé à mon goût. On a déjà vu, lu ou entendu ce genre de récit ailleurs, et un grand nombre de fois. Quant à l’épilogue, c’est indéniable, nul ne peut le voir venir, mais c’est également un point faible à mes yeux : c’est beaucoup trop capillotracté et inattendu, à tel point que cela pourrait même désarçonner voire susciter un sentiment d’être spolié chez le lecteur. Bref, à mes yeux, j’ai connu bien mieux dans la série.

    07/01/2018 à 00:06 1

  • Mort par correspondance / Mail-order Murder

    Sylvie de Mathuisieulx

    6/10 Un petit polar sympa, bien élevé et maîtrisé, avec une histoire classique de famille, de rancœurs et de vengeances autour de l’héritage d’une entreprise de vente par correspondance, d’empoisonnement et d’adultère. Vraiment rien de transcendant, ni dans le fond ni dans la forme, mais une histoire serrée, avec les ultimes lignes qui en apprennent un peu plus sur la psyché du criminel et de la manière dont il souhaitera, sous peu agir. Et toujours ce plaisir dans cette collection, d’avoir le texte en français et en anglais.

    06/01/2018 à 23:59 2

  • Les Dossiers de l'Agence O

    Georges Simenon

    9/10 Il serait inutile de s’appesantir à présenter Georges Simenon, avec ses cent-trois épisodes mettant en scène le commissaire Maigret, cent-dix-sept romans, plus de cinq-cents millions d’ouvrages vendus et presque cent-quatre-vingt-dix adaptations cinématographiques. Et c’est avec plaisir que l’on redécouvre l’œuvre de ce grand monsieur à travers ce recueil de quatorze nouvelles. Leur lien : elles sont toutes en rapport avec l’Agence O, une boîte d’enquêteurs privés. On y compte Torrence, le prétendu chef de l’entreprise, Emile, jeune roux qui est en fait le véritable cerveau, mademoiselle Berthe, la secrétaire ayant le béguin pour Emile, et Barbet, un ancien voleur à la tire qui leur rend bien des services. Ce spicilège est un petit régal, avec des histoires très variées. Une femme qui est persuadée d’avoir vu un cadavre, un homme séquestré qui envoie une lettre à l’agence, une vieille dame qui leur demande de retrouver un homme qui s’est travesti pour intégrer un club de femmes âgées, un docteur qui chercherait à empoisonner une légataire sur le déclin, une morte nageant au milieu de trois bateaux sans que personne ne se rende compte de rien, etc. Des histoires prenantes et efficaces, avec le style si particulier de Georges Simenon : des intrigues finalement simples mais agrémentées de fines analyses psychologiques, où les personnages déploient, pour la plupart, de larges parts d’ombre, le tout composé sur un style narratif tout en fluidité. Les mots coulent simplement, facilement, mais recèlent de petits joyaux littéraires. Car les tragiques manœuvres, les sales agissements et les personnages détestables ne manquent pas au gré de ces divers récits. Tout est finalement résumé dans ces quelques phrases extraites de la nouvelle « Le Ticket de métro » : « On ne sait rien, on ne soupçonne pas encore la vérité et pourtant chacun est empoigné par le sentiment de quelque chose de tragique ». L’humour ne manque cependant pas, par touches salvatrices, notamment dans les relations entre Torrence et Emile, ou dans une certaine causticité dans la peinture des prétendues convenances, notamment quand Emile interroge pour la première fois la brave madame Pitchard dans « Le Club des vieilles dames ».

    Une aisance remarquable dans l’étude des rapports humains, qui se double d’énigmes fort intéressantes. Et dire que ces écrits ont été publiés pour la première fois en 1943, avec une prépublication en 1941. Une foudroyante modernité.

    20/12/2017 à 21:59 4

  • Satan habite au 21

    Jean-Pierre de Lucovich

    7/10 11 mars 1944. La police découvre des restes humains dans un hôtel particulier. Le suspect principal : le docteur Marcel Petiot. Un peu par hasard, puisque c’est son ami Jacques, policier, qui l’invite à le suivre sur place, le détective privé Jérôme Dracéna va se lancer à la poursuite de cet étrange tueur en série.

    Après Occupe-toi d’Arletty !, Jean-Pierre de Lucovich signe donc la deuxième enquête menée par Jérôme Dracéna. C’est toujours un plaisir que de retrouver ce détective, ancien limier, fervent pratiquant de boxe française et amateur de femmes, dans ce contexte si particulier des années 1940, en pleine occupation allemande. L’auteur, guide adroit et pétillant, dresse un portrait sans concession de cette période, entre vexations, amours contrariées, déshonneurs multiples et grandes espérances. Une ère où les Français, malgré le rationnement et l’assujetissement teuton, tentent de vivre, voire de s’amuser. C’est aussi l’occasion de retrouver les compagnons de Jérôme, comme Marcel, le boxeur, Jacques, le policier, ou encore la truculente Arletty et Pierre Brasseur au cours d’une nuit que Jérôme n’oubliera pas de sitôt. L’intrigue est également savoureuse, avec ce personnage si mystérieux et inquiétant que fut le docteur Petiot. Comme il l’explique dans son avertissement en préface, Jean-Pierre de Lucovich a pris des libertés avec la réalité historique. C’est un fait qui pourra irriter voire révulser certains lecteurs, mais il faut reconnaître que l’écrivain, en faisant sien cet énigmatique monstre et en lui faisant interpréter un rôle différent, ose bouger les lignes, et qui plus est, avec beaucoup de talent. Cependant, on pourrait regretter que l’intrigue s’effiloche parfois, notamment avec les diverses actions menées par Jérôme au nom de la Résistance, au lieu de se consacrer à la traque de Marcel Petiot.

    Encore un bon roman de la part de Jean-Pierre de Lucovich, vif, élégant et enthousiasmant. Mais puisque le roman s’achève peu de temps après le Débarquement allié en Normandie, retrouvera-t-on notre héros dans un autre épisode ? L’avenir nous le dira…

    20/12/2017 à 21:51 4

  • Incendiaire

    Craig Johnson

    7/10 Une petite enquête fort sympathique, à peu près aussi agréable qu’elle n’est courte. Moi qui ne connaît pas du tout l’œuvre de Craig Johnson, je découvre un récit pétillant, espiègle dans ses dialogues et ses descriptions, avec un point d’honneur mis à peindre en si peu de mots des personnages crédibles, humains et croustillants. Une affaire d’incendies en série résolue de façon véloce, probablement trop à mes yeux, mais pour une histoire qui ne compte que quatorze pages, il ne pouvait guère en être autrement. Un joli coup littéraire qui me donne envie de lire les autres nouvelles de l’écrivain ainsi que ses romans.

    17/12/2017 à 19:43 4

  • Perfect Crime tome 1

    Yuya Kanzaki, Arata Miyatsuki

    9/10 J’ai été happé par ces histoires dures et sombres, où Tadashi Usobuki, pousse ses victimes à mourir grâce à une forme très particulière d’autosuggestion. Un graphisme et une esthétique obscures qui servent à merveille des histoires prenantes, avec souvent des chutes très intéressantes et efficaces (comme cette histoire de voisin trop curieux d’un couple en apparence parfait, ce père de famille qui veut se venger de petites frappes responsables de l’état végétatif de sa fille, ou cette jeune femme qui veut se débarrasser de son bébé trop pesant). Un pur régal, tant au niveau des ambiances que des scénarios. J’ai hâte de savoir comment va évoluer une série que j’ai trouvée très prometteuse.

    17/12/2017 à 19:42

  • Comment qu'elle est !

    Peter Cheyney

    7/10 Une intrigue assez original, où Lemmy Caution doit, d’une certaine manière, laver son honneur, puisque ses supérieurs sont persuadés qu’une indiscrétion de sa part durant la guerre a engendré la mort de nombreux soldats. Le voilà parti en France et en Angleterre pour comprendre qui a réellement lâché le morceau. De l’humour, avec un vocabulaire argotique fleuri, des répliques qui font mouche, et une manière enjouée de prêter à Confucius des expressions qu’il n’a bien évidemment jamais prononcées. A mi-chemin entre polar noir et espionnage, un ouvrage de la Série Noire décontracté et très plaisant, bien mené par Peter Cheyney, qui donne envie de lire d’autres opus tant de cet auteur que de cette collection.

    17/12/2017 à 19:39 4

  • Gift +- tome 1

    Yuka Nagate

    8/10 Décrit comme un « Dexter au féminin », un manga qui sort du lot. Pas mal de violence et de scènes de sexe – un passage de viol décrit avec crudité, des prélèvements d’organes réalisées quand la victime est encore vivante et consciente, et des moments très durs. La protagoniste, Tamaki Suzuhara, est très intéressante, avec des bribes de son passé juste ébauchées, une activité atypique, bref, c’est prometteur pour la suite. Un graphisme général glauque et sanglant, très efficace, et plusieurs petites intrigues fortes et marquantes, où sont évoquées le trafic du prélèvement d’organes et de leur vente. Une série alléchante à mes yeux, sombre et brillamment mise en scène, avec un premier tome qui me donne déjà envie de connaître la suite.

    17/12/2017 à 19:38

  • Interdit de crier !

    R. L. Stine

    6/10 Un bon petit opus de la série, avec un jeune Jack Harmon, douze ans, qui récupère un téléphone d’où s’échappe une voix féminine portée par une entité qui ne lui veut pas que du bien. L’ambiance est angoissante, du moins pour les jeunes lecteurs auxquels s’adresse ce roman, et les codes traditionnels qu’applique R. L. Stine viendront soulager les fans de l’auteur de leur addiction. Je suis en revanche plus dubitatif quant à certains rebondissements (le passage de la voix d’un appareil électronique à un autre ou son envie de trouver un pair), mais le twist final, un peu téléphoné, a au moins le mérite de contenter le lectorat et de répondre aux canons du genre.

    17/12/2017 à 19:37 1

  • Killer Instinct tome 1

    Keito Aida, Michio Yazu

    3/10 Voilà le premier tome d’une série, et je crois que je vais en rester là. Rien ne m’a vraiment plu là-dedans. Un graphisme sympa mais sans réel panache ni originalité, un scénario déjà vu et lu des milliers de fois (avec des personnages très distincts qui se retrouvent enfermés dans un espace clos sans savoir pourquoi), des protagonistes caricaturaux (la brute épaisse, l’asocial visiblement pédophile, l’escort girl, le brave type tellement transparent que ça en devient risible, etc.), une psychologie d’une rare nullité (les premières pages où ils découvrent tous les sept ce bâtiment fermé et isolé sont indignes, comme si tout ce barnum était normal, sans qu’ils en soient choqués). Aucun moment vraiment sensationnel ni mémorable, si ce n’est une inutile scène de viol figurée avec réalisme et cruauté et qui n’apporte strictement rien à l’ensemble du manga. Seul le concept historique et traditionnel du « kodoku » m’a intéressé car je ne le connaissais pas, mais ça reste bien maigre pour une œuvre que j’ai trouvée tarte, racoleuse et sans la moindre âme. Dans la série des « Stop ou encore », pour moi, c’est clairement « stop ».

    17/12/2017 à 19:36 1

  • Mortel Sabbat

    Lincoln Child, Douglas Preston

    9/10 Etrange affaire que celle que l’on vient proposer à l’agent Pendergast : Percival Lake lui demande d’enquêter sur un vol commis dans sa cave, à Exmouth, petit village côtier du Massachusetts, où trônent des vins très rares. Pendergast découvre sur place une alcôve où a été torturé, il y a fort longtemps, un homme. Puis c’est un historien, venu se renseigner sur un naufrage survenu à la fin du 19ème siècle, qui est tué non loin des marais d’Exmouth. Voilà une histoire inquiétante, d’autant que viennent s’y agglomérer les fantômes de sorciers.

    Pour ce quinzième ouvrage de la série consacrée à Pendergast, les auteurs, Lincoln Child et Douglas Preston ont fait fort, très fort. Partant d’une histoire en apparence simple, tout va très vite se compliquer et mettre à rude épreuve l’agent du FBI ainsi que sa protégée, Constance Greene. Un être sillonnant les marais que l’on surnomme le Faucheur gris, des corps mutilés sur lesquels un dément a gravé des symboles cabalistiques, un passé menaçant concernant le naufrage d’un navire à la cargaison inconnue, des sorciers… Les ingrédients ne manquent guère, et la totalité du livre se dévore, de la première à la dernière page. Comme d’habitude – et il y a comme ça des coutumes dont on ne se lasse pas, le style et le rythme que les deux auteurs impriment à l’histoire sont sidérants : les pages défilent à une vitesse effrénée, les chapitres s’emboîtent à merveille. Une véritable dépendance littéraire dont nous sommes si nombreux à nous shooter, et sans le moindre risque physiologique. Si certains passages de cette histoire sont assez glauques et effrayants (les découvertes de Constance dans le souterrain, le combat ultime contre le monstre, ou la traque de Pendergast dans les marais), des touches d’un humour salvateur viennent pétiller à la surface sombre du récit, comme les premiers échanges avec la police locale ou la manière à la fois abrupte et si délicate qu’a Pendergast de convier le cuisinier du restaurant à préparer décemment le poisson. Le héros, autant du point de vue physique que psychologique, va vivre de pénibles épreuves, et Constance, en être diaphane, à la fois angoissante et redoutable dans ses réactions, saura prendre une place singulière dans l’enquête. Et il y a ce final, qui va secouer les fans de la saga. Une intuition, née d’une observation au cours du cinquante-cinquième chapitre, qui va déboucher sur l’opus suivant, Noir sanctuaire, avec le retour d’un ennemi létal.

    Voilà une série littéraire absolument remarquable, inventive et diablement efficace, qui ne semble que très rarement perdre son souffle. Reconnaissons à Lincoln Child et Douglas Preston leur incroyable productivité qui ne cesse d’envoûter, et dont cet ouvrage, comme tant d’autres, en constitue l’un des multiples exemples. Assurément, l’une des sagas policières les plus addictives. On en redemande, encore et encore !

    07/12/2017 à 20:23 4

  • Coupable idéal

    Jean Molla

    8/10 Au village de La Chapelle, Mathieu, Henri et leurs amis forment une bande d’inséparables. Mathieu et Henri ont beau être si opposés (physiques, succès auprès des filles, caractères), ils n’en demeurent pas moins de vrais camarades, même quand les jalousies amoureuses entrent en jeu. Mais quand l’un d’entre eux, Quentin, disparaît, l’ambiance change. Et lorsque l’on découvre les cadavres du père du disparu et d’Henri, massacrés à coups de marteau, Mathieu se fait l’effet d’être un coupable idéal. Son épilepsie le fait passer par des états de grande violence, sans compter des amnésies inquiétantes. Ne serait-il pas ce terrible tueur que l’on cherche ?

    En habitué de la littérature jeunesse, Jean Molla sait comment divertir son lectorat. Mais il serait cependant très réducteur de placer une simple étiquette « pour les jeunes » sur cet ouvrage tant la plume qui l’anime est sombre. Les ambiances sont lourdes, les corps retrouvés ne sont guère présentables et donc à ne pas dévoiler à des lecteurs facilement impressionnables, et certains moments réservent de délicieux instants de tension. Mathieu, en malheureux épileptique victime d’une maladie qu’il ne parvient que partiellement à museler à coups de médicaments, constitue un personnage à la fois attachant et préoccupant. Lorsqu’il se retrouve non loin de la maison de Quentin, sans son tee-shirt, et qu’il apprend le lendemain que monsieur Bédard a été assassiné, n’est-il pas le criminel ? Une version moderne du Horla ? D’ailleurs, n’a-t-il pas, dans le passé, étranglé un pauvre chaton entre ses mains au cours d’une crise ? Est-ce que les films sanglants, d’horreur ou policiers, qu’il dévore, ne seraient pas responsables de ses désordres mentaux ? Il lui faudra beaucoup de patience, de sang-froid, ainsi que l’aide de camarades et d’un policier particulièrement flegmatique, l’inspecteur Daniel Campin, pour que cette affaire soit tirée au clair.

    Un polar, certes pour les jeunes, mais singulièrement noir. Un véritable régal, de bout en bout, débouchant sur un retournement de situation mémorable. Une nouvelle pépite que l’on doit à Jean Molla.

    07/12/2017 à 20:17 3