El Marco Modérateur

1361 votes

  • Mandoline vs Néandertal

    Jean-Christophe Macquet

    8/10 Alors qu’il se rend dans le pays toulousain pour le mariage d’une lointaine parente, Luc Mandoline, alias l’Embaumeur, tombe rapidement sous le charme de Laura, une belle archéologue. Défenseuse de la cause de l’homme de Néandertal, selon elle bien loin des clichés rétrogrades qui collent à cet homme préhistorique, elle ensorcelle Luc par son opiniâtreté et son intelligence. Dans le même temps, l’ex légionnaire fait la connaissance de Jurgen Haas, un ancien compagnon d’armes, qui disparaît peu de temps après. Parce qu’on ne laisse jamais tomber un camarade, l’Embaumeur va se lancer dans une enquête tumultueuse.

    Ce onzième opus de la série consacrée à l’Embaumeur constitue un petit festin littéraire. Il est très intéressant de voir Luc Mandoline tomber éperdument amoureux de Laura, perdre pied, au point de complètement disparaître aux yeux de son compagnon Sullivan Mermet. Jean-Christophe Macquet donne à notre Embaumeur une épaisseur émotionnelle assez rare. De même, le lecteur pourra être, dans un premier temps, surpris par la manière dont le récit est mené. Le protagoniste y emploie beaucoup moins – voire pas du tout – la force, et l’intrigue semble mettre du temps à se lancer. Néanmoins, l’auteur nous régale par la suite avec des pistes qui finissent par se nouer pour créer une histoire particulièrement sombre et mordante. L'Homme de Cro-Magnon et celui de Néandertal ressuscitent presque, au gré d’un scénario où se mêlent des hommes politiques frontistes, un village martyrisé et cagots. Un puzzle qui, une fois toutes les pièces rassemblées, forme un récit glauque et sanglant, à la fois original et diablement efficace. Quelques touches d’humour émergent, comme ce clin d’œil où Jean-Christophe Macquet prête à deux anciens militaires les patronymes de Maxime Gillio et Claude Vasseur, eux-mêmes ayant écrit chacun un épisode de la série. Et que dire de l’ultime rebondissement ! Un événement inattendu, laissant le lecteur imaginer sa propre fin de l’histoire, mettant fin de manière audacieuse à un ouvrage très efficace.

    18/09/2017 à 18:51 7

  • Noir sanctuaire

    Lincoln Child, Douglas Preston

    8/10 Alors que Constance Greene a du mal à se remettre de la disparition d’Aloysius Pendergast, elle s'évanouit du manoir new-yorkais dont elle occupe les souterrains. Proctor, le majordome, a à peine le temps de se remettre de l’agression dont il vient d’être la victime qu’il se jette sur les traces du kidnappeur. Un être mystérieux, que tous croyaient mort, mais qui n’a pas encore démontré toute l’étendue de son machiavélisme.

    Après Noir sanctuaire, Douglas Preston et Lincoln Child continuent de régaler leur lectorat avec cette seizième enquête de la série consacrée à Pendergast. On y retrouve avec un régal qui ne semble pas pouvoir s’éteindre cet incroyable agent du FBI, même si cet opus rompt avec quelques habitudes en mettant davantage en avant d’autres personnages de la saga. Ainsi, Proctor, en domestique dissimulant un passé d’ancien soldat, est remarquable en pisteur, dans une traque qui le mènera en Afrique. Constance, en être difficilement déchiffrable, à la fois forte et fragile, sera elle aussi confrontée à un adversaire de renom, aussi sophistiqué et dangereux qu’elle, au cours d’un long cheminement psychologique où se mêleront fureur, vengeance, amour et rédemption. Le lecteur retiendra également la tueuse Flavia, experte au combat à l’arme blanche, aussi déterminée que létale, ou encore le policier Longstreet, un agent presque aussi atypique et détonnant qu’Aloysius. Bien évidemment, le bonheur ne saurait être complet sans la présence de Pendergast lui-même, et qui va, dans cette aventure, de nouveau côtoyer la mort et l’anéantissement moral. Un opus à l’image des précédents : efficace, constellé de chapitres marquants, ayant la bonne idée d’alterner les points de vue et les personnages pour casser toute routine ou risque d’ennui. Et, au final, même si l’on pourra regretter quelques éléments (l’importance somme toute mineure de Proctor, ou le fait que Douglas Preston et Lincoln Child s’adressent essentiellement à leurs fans avec cet opus tournant autour de la fratrie Pendergast), voilà une énième preuve, s’il en était encore besoin, que cette série policière est assurément l’une des meilleures qui soient.

    18/09/2017 à 18:46 5

  • Pénitence

    Philip Kerr

    9/10 Gil Martins, agent du FBI, a la foi qui flanche. Il ne croit plus en Dieu, ni même en l’existence d’un Dieu. La férocité du métier qu’il pratique, les horreurs qu’il a vues ou vécues, ont aiguisé ce scepticisme à l’égard de la religion. C’est alors que diverses personnalités décèdent dans des conditions étranges : un suicide du haut d’une tour, ou depuis la cime d’un arbre, sous le coup de la terreur, etc. Leur point commun : une distance irrévérencieuse avec le culte. Gil n’en est pas certain, mais ses pas l’entraînent vers l’Eglise Izrael, dominée par le pasteur Nelson Van Der Velden, où les prières pourraient être employées comme des armes.

    De Philip Kerr, on connaît surtout sa remarquée trilogie berlinoise, ou encore sa série consacrée à Bernie Gunther. Ici, il livre un roman à suspense audacieux, basé sur une idée finalement très simple, ce qui est souvent la marque des œuvres remarquables : au lieu d’amour, Dieu ne serait-il pas un pourvoyeur de mort ? C’est sur ce postulat osé, voire iconoclaste, que l’auteur déroule une histoire sombre, d’où émerge le personnage de Gil Martins. Un excellent agent, molesté par les événements, et dont les origines de son apostat remontent à son enfance, voire à certains atavismes familiaux. Bien loin des clichés inhérents au genre ou à ce type de protagoniste blasé, Philip Kerr nous le décrit avec beaucoup de tact, de justesse et d’humanité. Son épouse, fervente ouaille, décide même de le quitter puisque leur couple ne peut même plus se reposer sur cette ferveur commune, tandis qu’il devient, aux yeux de ses collègues, la proie de troubles obsessionnels compulsifs. Lentement, le récit bascule du côté glauque, quand Gil croit comprendre l’origine de ces morts et surtout quand le pasteur met ses menaces à exécution. Des scènes insolites, exceptionnelles, propres à faire se dresser les poils d’un kiwi. De la pure tension, habitée par le doute, la présence d’une entité morbide et anxiogène, où le lecteur réagit comme le gamin traumatisé par l’hypothétique existence d’un monstre sous le lit quand s’éteint la lumière. Des moments de frayeur, contrebalancés tout au long de l’ouvrage par un humour salvateur, où le héros fait preuve d’un bel esprit, notamment au gré de réparties jouissives. Cependant, certains lecteurs pourront être rebutés par une fin – concernant le revirement « professionnel » de Gil, peut-être trop hollywoodien ou partisan, là où un épilogue autre qu’heureux aurait peut-être encore renforcé l’impact du livre. Mais il n’en demeure pas moins que ce Pénitence est un bijou, dont la valeur s’établit à l’aune de sa pureté, de sa rareté et de la qualité indéniable de la taille qui en a été faite.

    18/09/2017 à 18:41 4

  • La Machine à découdre

    Gil Brewer

    7/10 … ou les tribulations d’un Américain lambda, qui sauve un type complètement fêlé d’un autobus qu’il n’avait pas vu, et qui se fait embarquer par ce dernier dans une cavale meurtrière. Steve Logan, ancien policier ayant en partie perdu l’usage d’un œil, n’ayant que très peu d’argent devant lui, attend avec sa compagne Ruby qu’elle accouche bientôt. Et quand il essaie de e renflouer en demandant à un gars odieux qu’il lui paie ce qu’il lui doit, ce Saint-Bernard d’un instant sauve la vie de Ralph Angers. Le problème, c’est que celui-ci, un ancien soldat malmené par son expérience lors de la Guerre de Corée, ex chirurgien-ophtalmologiste, paranoïaque, et persuadé de détenir une idée de génie en faisant construire un hôpital spécialisé dans la greffe complète de l’œil, est en plus un homme complètement dément, prêt à user de la violence létale aussi facilement que d’autres dénoyautent des olives. Il en résulte un récit très efficace, prenant du début à la fin, sombre et sec, où les émotions contraires alternent, Steve en venant à ressentir une forme de syndrome de Stockholm quand Ralph tente, à un moment, de lui venir en aide. De petits moments de grâce, comme lorsqu’ils croisent cette gamine jouant le morceau préféré de Ralph au piano, d’autres très intéressants, quand Steve en vient à se demander si Ralph n’est finalement pas un chic type, réellement rudoyé par autrui, et non le tourmenté qu’il est de prime abord. Une histoire à la fois simple, classique et étrange, qui fait passer un bien agréable moment dans les pas de ce couple improbable, des pas qui vont, on s’en doute, rapidement se teinter de sang.

    12/09/2017 à 19:02 2

  • Le Carcan

    Bill Pronzini

    8/10 Une très intéressante histoire de séquestration. Un détective privé vieillissant et rondelet se retrouve enlevé par un inconnu dans un chalet dans les montagnes enneigées, lié à une longue chaîne de métal vissée à sa cheville, et survivre pendant treize semaines, ce que lui annonce son geôlier. Qui est cet inconnu ? Pourquoi ? Et à quoi correspondent ces mystérieuses treize semaines ? Un exercice de style sacrément casse-gueule que celui du personnage en solo, puisque le lecteur risque de s’ennuyer assez rapidement si l’intrigue, le style ou la situation patine. Ici, il n’en est rien. C’est très joliment écrit, bien travaillé, et j’ai suivi avec un plaisir coupable la réclusion du protagoniste, ses doutes, ses stratégies de survie par rapport au froid, la nourriture et l’oisiveté. Sans rien spoiler, il finit par s’en sortir, rejoint la civilisation, et se lance aux basques de son mystérieux cerbère absent. Des mots adroitement choisis par Bill Pronzini, pas mal de vitriol dans les dialogues et les situations (cf. sa rencontre avec le type de l’immeuble et sa compagne, ou le gestionnaire de l’entreprise s’occupant des chauffe-eaux). Mais aussi un personnage de détective privé différent des autres, marqué par son enfance avec un père violent et poivrot, et dont il finit par s’affranchir grâce à son attitude quand il retrouve son kidnappeur, en adoptant une attitude à mille lieues de ce qu’aurait fait son paternel. Alors, certes, il n’y a pas grand-chose dans ce roman noir de très original (les motivations du bourreau, à cet égard, n’ont rien de tonitruant), mais tout est si bien rédigé et mené que l’on se laisse embarquer. Un peu comme ces airs de blues dont on voit venir les mesures mais que l’on ne peut s’empêcher de savourer tant elles résonnent avec intelligence et humanité.

    12/09/2017 à 19:00 3

  • La Voleuse d'icebergs

    Serge Brussolo

    9/10 Mon opus préféré de la série D.E.S.T.R.O.Y. avec le premier. Toujours ce fourmillement constant d’idées, qui jaillissent presque à chaque chapitre. Des pensées non seulement nombreuses, jusqu’à l’obsession, jusqu’à la satiété, mais également complètement folles. Le livre commence comme un épisode de la saga cinématographique « Alien », puis on déboule sur de bien mystérieux diamants issus d’une planète lointaine, un phénomène d’invisibilité particulièrement toxique et contagieux, puis… puis… et encore, ainsi de suite, jusqu’à la fin. C’est vraiment dingue, parfois loufoque, et cette overdose d’idées pourra souler certains lecteurs ; pour ma part, ils m’ont enivré. Un peu déçu que la saga se soit arrêtée, mais, ma foi, peut-être n’est-ce qu’un au revoir et non un adieu.

    12/09/2017 à 18:56 4

  • Cul-de-sac

    Douglas Kennedy

    8/10 Un véritable régal que cette virée au milieu d’un village paumé et peuplé de rednecks. Douglas Kennedy m’a séduit de bout en bout, avec ces personnages croustillants, complètement givrés, disloqués par l’isolement, les règles de vie absurdes proches de l’approche sectaire, et les névroses alcooliques. Une sacrée meute de décérébrés, avec laquelle le lecteur hésite souvent entre le rire et la crainte. Nick Hawthorne au beau milieu de ces cinglés de Wollanup restera un bon moment dans ma mémoire, avec ce côté déjanté, comme si le film « Délivrance » avait été réécrit par une bande de gais lurons. Je suis juste un peu déçu par la fin : je ne saurais pas trop dire quoi, mais je m’attendais à autre chose, peut-être tout simplement à être plus surpris par un twist.

    12/09/2017 à 18:55 5

  • La Colère de la momie

    R. L. Stine

    7/10 A la manière de La Malédiction de la momie, se passe dans une pyramide, avec une ambiance générale assez tendue, proche du roman d’aventures. Un bon petit moment de frissons, à placer bien évidemment à côté de l’ouvrage précité et de Ne Réveillez pas la momie, et qui constitue une sympathique parenthèse égyptienne dans la bibliographie de l’écrivain.

    12/09/2017 à 18:54 1

  • Incarnatio

    Patrick S. Vast

    7/10 James Simmons est un écrivain qui a obtenu un immense succès aux Etats-Unis en signant des thrillers mettant en scène Alex Shade, un tueur en série décapitant ses victimes. Soucieux de prolonger sa réussite, il s’exporte en Europe, au point de venir s’installer à Nice. Mais des événements étranges surviennent en très peu de temps : on le retrouve, cataleptique, dans l’immeuble où il vit. Son épouse le dit très perturbé depuis quelques temps. Un homme aux allures de SDF en fuite est aperçu non loin de là grâce aux caméras de surveillance de la ville. Un corps décapité est retrouvé en ville. Un sosie d’Alex Shade qui se montre de plus en plus présent, voire pressant, dans le sillage de l’auteur. Ces histoires ne pourront que s’achever dans le sang.

    Patrick S. Vast s’est d’abord fait remarquer avec des romans mettant en scène des intrigues sobres où les personnages sont broyés par des mécaniques scénaristiques de grande tenue, comme La Veuve de Béthune, Béthune, 2 minutes d’arrêt, Boulogne stress ou Angoisse à louer. Nous ne saurions d’ailleurs trop vous conseiller de consulter nos chroniques au sujet de ces livres. Ici, il attaque le thriller, et de belle manière. Ce qui sidère, c’est le style, et plus exactement le côté cadencé de la structure narrative. Des paragraphes courts, musculeux, nerveux, où, en quelques lignes, plusieurs événements peuvent parfois intervenir. Rarement un tel tempo s’est ainsi imposé au lecteur. Les protagonistent abondent, dont certains retiennent l’attention plus que d’autres : le commandant Moriati, fan de Franck Sinatra, dont l’épouse Edwige est paraplégique suite à une arrestation brutale. Sylvia, la femme de l’écrivain, ne sachant pas si son homme a ou non basculé dans la folie. Ce jumeau d’Alex Shade, inquiétant, dont on apprendra au fur et à mesure des pages les raisons de son trauma originel. Jacques, brigadier, dont l’épouse Agathe est passionnée par le tueur en série de fiction. On retrouve ici les codes du thriller, et les questions traditionnelles, comme : un criminel a-t-il réellement jailli des pages noircies par son géniteur intellectuel ? Des imitateurs sont-ils à l’œuvre ? Y aurait-il une contamination virale, faisant d’individus lambda des monstres ? Patrick S. Vast multiplie rebondissements et fausses pistes, parfois jusqu’au vertige – d’aucuns diront jusqu’à l’excès –, avec de multiples interactions entre les personnages, et même un twist final, inattendu achevant les ultimes lignes du roman sur un dernier coup de hache.

    Dans le fond, l’auteur ne réinvente pas le genre, mais sa faconde et le rythme qu’il imprime à ses lignes sont tels que l’on ne peut qu’être embarqué, voire conquis, par ce livre palpitant.

    29/08/2017 à 19:55 4

  • De l'arsenic pour le goûter

    Robin Stevens

    8/10 La jeune Daisy s’apprête à fêter son anniversaire au milieu des membres de sa famille et de ses amis quand un invité pénètre dans la maison de Fallingford. Ce dénommé Curtis, visiblement antiquaire et venu estimer le mobilier du château, ne soulève guère l’enthousiasme des hôtes, et ce n’est d’ailleurs qu’un euphémisme : tout le monde, à part la mère de Daisy, semble nourrir de l’animosité contre l’opportun. Et quand ce dernier s’effondre après un thé réhaussé d’une note d’arsenic, les suspects ne manquent guère. Un huis clos tendu s’amorce alors, d’autant qu’une pluie épouvantable s’est abattue à l’extérieur de la maison.

    Après Un Coupable presque parfait, Robin Stevens revient avec cette nouvelle enquête des misses Wells et Wong. L’occasion de retrouver l’ambiance so british, déjà développée dans le premier tome. A la manière d’une Agatha Christie ayant développé une histoire pour des lecteurs adolescents, l’écrivaine tisse une histoire solide et prenante, du début à la fin, avec son inévitable et intéressant chapelet de potentiels criminels, parmi lesquels les propres membres de sa famille. Même si Daisy demeure assez rogue – un défaut lié à son indéniable intelligence, elle en vient à douter de l’innocence des siens, au point que même son père et sa maman – surprise en train d’embrasser fugacement le sieur Curtis – en viennent à devenir des personnages troubles à ses yeux. L’humour de Robin Stevens est salvateur, et c’est un petit régal de la voir, par exemple, menacer de tortures médiévales les deux camarades qui vont les aider, elle et Hazel, à dénouer cette intrigue.

    Un polar astucieux et pétillant, aussi réussi que le premier opus, qui plaira à n’en pas douter tant aux jeunes lecteurs qu’aux moins jeunes.

    29/08/2017 à 19:50 2

  • Le Camp

    Christophe Nicolas

    7/10 Un homme rabougri, pâle et sans âge parvient à s’évader d’un souterrain, un carcan vissé au cou. C’est son corps que des chasseurs retrouvent le lendemain. Six ans plus tard, Marie rejoint le village de La Draille pour aider une amie, Flora, à emménager. Cyril, le compagnon de Marie, est déjà sur place. Enfin, il est censé être là. Au même titre que les habitants du lieu-dit. Car lorsque la jeune femme arrive, les lieux sont déserts. Comme si une force avait aspiré tous les êtres humains.

    Pour son troisième roman, Christophe Nicolas scinde son histoire en trois moments :Aller, Retour et Combat. La première saisit par les arcanes qui s’y déploient. Un peu moins de vingt personnes enfermées dans un cube, sans possibilité de sortie, pour des raisons énigmatiques. Le huis clos, la paranoïa, et le légitime cortège de questions : qui est responsable de cet enlèvement ? Pourquoi ? Et pourquoi eux ? Une ambiance très bien rendue, avec des mots simples et efficaces, faisant lentement monter la tension. La partie suivante est encore plus étrange, désarçonnant le lecteur, et jouant habilement sur les codes du genre. Le reste du récit est peut-être un peu plus consensuel, car il utilise beaucoup de recettes déjà éprouvées au cinéma et dans certaines séries, mais c’est également l’un des points forts du roman : tout en créant une autre étape dans le récit, Christophe Nicolas parvient à fusionner les divers moments du roman et apporte les réponses tant attendues. Sans rien en dévoiler, les fans du complotisme et de la série X-Files seront aux anges. Il faut reconnaître que l’auteur fait assez fort : le grand amour entre Marie et Cyril, second fil rouge au-delà de l’intrigue fantastique du livre, est très bien écrit, et certaines scènes – le carnage provoqué par les militaires, ou encore ce que voit et comprend le gendarme Francis dans ce souterrain – marqueront durablement les esprits.

    Un roman réussi et prenant, dans l’ère du temps, et qui plaira sans mal à un large public, de la première à la dernière page.

    29/08/2017 à 19:45 8

  • Cheval rouge

    Serge Brussolo

    9/10 Rex Heller a été un comédien adulé dans la série Cheval rouge. Il y interprétait un cow-boy revenu d’entre les morts, doté de pouvoirs surnaturels, et montant un destrier également doué de facultés incroyables. Mais le temps a tourné : désormais paraplégique, richissime, il a monté dans le Texas un parc d’attraction, « Rodeoman City », où les visiteurs peuvent s’immerger dans l’Ouest sauvage des westerns d’antan. Un lieu où les règles sont strictes, et où nul ne peut désormais vivre, comme n’importe quel Américain, dans le vingt-et-unième siècle. Un endroit où Heller règne en dictateur, quoi que ses nombreux employés bénéficient d’une large prise en charge financière et humaine. Mais Heller a déjà l’esprit ailleurs : il a très envie de faire de Mia, sa fille, l’héritière de son parc. Au risque de déclencher une tempête de colères et de plomb.

    Quelqu’un ignorerait-il encore qui est Serge Brussolo ? L’auteur si prolifique, ayant arpenté tant de territoires littéraires, et qui parvient, à soixante-six ans, à donner encore d’amples leçons aux jeunes écrivains et des surprises à son lectorat ? Non. Alors ne perdons pas de temps et venons-en à cet ouvrage. Un roman extraordinaire, comme tant d’autres de l’auteur, et qui, intéressant paradoxe, nous emmène sur les chemins habituellement pratiqués par son génial créateur tout en surprenant. On reconnaît immédiatement cette patte narrative, et ce goût prononcé pour les scènes si visuelles et marquantes. Le premier chapitre, où Heller procède à des explosions de taureaux lancés à vive allure sur son trône roulant, détruisant ces monstres de force au risque de perdre la vie, est un régal de démesure et d’inventivité. Et le reste de l’opus est du même acabit. Il bouillonne d’idées extravagantes, de saynètes démentes, et de personnages croustillants. Rex Heller, bien sûr, en ancien roi du petit écran, devenu handicapé. Mais aussi Mia – ressemblant beaucoup, physiquement et psychologiquement – aux autres héroïnes de Serge Brussolo, ayant vécu sans connaître son géniteur, et aux prises dans sa jeunesse avec une tante dévote jusqu’à la folie. La mère de Mia, Zelda Marlowe, vedette de cinéma dévorée par les excès. Jonah, le compagnon de Mia, également star éphémère. Et tous ces anciens acteurs qui peuplent Rodeoman City, victimes d’un succès trop fugace et les a laissés effondrés après que les projecteurs se sont éteints, tels de modernes Icare ayant trop approché la gloire, au point de s’en brûler les ailes. Au passage, une peinture au vitriol du milieu cinématographique, à la fois fine et lucide du milieu cinématographique. Et il y a ce lieu, le parc d’attraction, que l’on se plaît à parcourir, imaginé et décrit avec maestria par Serge Brussolo, et qui fourmille de références au monde du far west et de la culture américaine, comme autant de clins d’œil. Une jubilation totale. Dans un précédent roman, Tambours de guerre, l’écrivain s’essoufflait un peu sur la fin du récit, avec une histoire qui s’effilochait, même si ce livre n’en demeurait pas moins remarquable. Ici aussi, le dernier tiers part dans une direction imprévue… et nous ravit. Ah, ce Don Mercurio… Impossible d’en dire plus sans rien dévoiler, mais ce passeur, chirurgien esthétique, complète habilement l’histoire en la majorant d’un épisode inattendu.

    Parfois, on rêve d’amnésie. Oublier tout ce que Serge Brussolo a pu écrire, pour la pure jouissance de pouvoir tout relire avec des yeux renouvelés. Mais, à la réflexion, cette idée serait fort inutile : dans le cas de ce Cheval rouge comme de tant d’autres productions du grand homme, elle nous priverait d’une chevauchée toute personnelle avec les protagonistes, intrigues et décors qu’il aura plantés pour nous. Car, même une fois le roman achevé et les lumières éteintes, il reste encore en nous des images et des émotions presque indélébiles, délivrées par des maniaques, des psychopathes, des tueurs en série, des extraterrestres, mais également des cow-boys inoubliables.

    29/08/2017 à 19:44 3

  • La Malédiction de la momie

    R. L. Stine

    8/10 Une histoire très prenante, avec cette histoire de momie, même si, pour une fois, les phénomènes inexpliqués sont beaucoup moins présents dans le récit que dans d’autres « Chair de poule ». Un ton bien plus rude que ne l’emploiera R. L. Stine dans ses futurs ouvrages (celui-ci date de 1993), pour un bouquin fort réussi et prenant du début à la fin.

    29/08/2017 à 17:24 1

  • Vendredi 13

    David Goodis

    6/10 … ou les malheurs d’Al Hart, qui se retrouve bien malgré lui aux prises avec une poignée de gangsters préparant un mauvais coup. J’y ai retrouvé une patte bien noire comme je les aime, avec des personnages croqués en quelques traits, et une intrigue sympathique, avec un huis clos plutôt prenant. Des relations troubles entre Hart et Frieda et Myrna, la gouvernance de la meute assurée par Charley, le véritable passé d’Al et de son frère assassiné de ses mains, les tensions croissantes dans le groupe (pour l’appât du gain, le mélo ou parce que l’on a découpé le cadavre de l’un d’entre eux afin de minimiser les risques…), autant d’éléments qui m’ont bien plu. Mais je ne sais pas trop pourquoi, je ne suis jamais vraiment rentré dans l’histoire, ou plus exactement, j’ai eu beaucoup de mal avec le texte. Un souci avec une traduction trop plate ? Une écriture originelle trop « simple » dans ses descriptions ? Un récit qui se veut crédible, naturaliste et qui réduit le style à une expression trop primitive voire sommaire ? A mes humbles yeux, un récit noir satisfaisant, mais qui a manqué d’une étincelle littéraire dans son traitement.

    29/08/2017 à 17:22 4

  • Real Account tome 3

    Okushô, Shizumu Watanabe

    8/10 Toujours du souffle, du vitriol et du sang. Cette fois-ci, on suit les péripéties de Yuma, le frère prétendu mort d’Ataru, lui aussi aspiré par le réseau social Real Account. Il va devoir lutter, au milieu de tant d’autres, contre des épreuves perverses, à base de délations, exhumations de messages effacés, etc. De jolies trouvailles scénaristiques (le coup du troisième buzzer dissimulé) pour un opus électrisant et une série définitivement addictive.

    29/08/2017 à 17:20

  • Le Dernier des maîtres

    Philip K. Dick

    8/10 Je découvre un peu l’univers de Philip K. Dick, au-delà des nombreuses adaptations cinématographiques, et ce recueil de nouvelles me donne envie de poursuivre la lecture de sa bibliographie. On y trouve vraiment de tout : une révolte de jouets ; John Cupertino, persuadé d’avoir déjà tué sa femme ; des robots, les « Plombés », qui mettent tout en jeu pour protéger les humains suite à un conflit et faire en sorte que leur race ne s’éteigne pas en un vain conflit ; une très habile – et très courte – histoire autour d’êtres étranges, les « Rampeurs », qui bouleversent les codes au travers de thèmes comme les mutations génétiques et l’eugénisme, avec une stupéfiante phrase finale ; un flipper destiné à tuer son joueur ; etc. Une écriture qui ne m’a pas spécialement chamboulé (rien de mirifique pour ce qui est du vocabulaire, des tournures de phrases, bref, ce qui a trait à la forme littéraire), mais de véritables mondes étranges, brillamment imaginés et mis en scène, baignant dans la paranoïa (la Guerre froide bat son plein au moment où étaient écrites ces fictions), et touchant du doigt d’une manière magistrale et très originale ce qu’est l’humanité, la réalité, la mémoire, les diverses formes de vie. Un régal !

    29/08/2017 à 17:20 4

  • L'École hantée

    R. L. Stine

    8/10 Comme le dit très justement mamboo, le titre n’est vraiment pas judicieux. En revanche, j’ai trouvé l’intrigue vraiment originale, avec cette histoire passionnante d’adolescents disparus dans les années 1940, cet univers parallèle que l’on n’atteint que grâce à un ascenseur horizontal, cette idée lumineuse autour des couleurs et de l’identité de la personne ayant réussi à regagner le monde normal. L’ultime étincelle, dans le dernier chapitre, avec l’arrivée subite de ce monsieur Caméléon, est à mes yeux remarquable. Un ouvrage qui ne plaira probablement pas à tous les fans de R. L. Stine dans la mesure où il tranche vraiment avec le reste de sa bibliographie, mais qui constitue selon moi un temps fort en plus d’une habile digression littéraire à elle seule.

    29/08/2017 à 17:19 1

  • Peace Maker tome 1

    Ryoji Minagawa

    8/10 Un ouvrage qui mélange habilement les univers du manga japonais et du western. Des références nombreuses et intelligentes à quelques films du genre, et un travail original et intéressant quant aux duels, plus particulièrement concernant les techniques de tir (le « twist draw », le « fanning », le « spot burst shot », ou encore le « get off three shot »). Une ambiance et des dessins qui s’épousent intelligemment, et des personnages intéressants, depuis les sympathiques qui entourent Hope Emerson, mais aussi les membres des Crimson Executers, comme Heckel et sa Gatling, ou encore l’apparition de cet énigmatique Ian Wendys dans la dernière page. Aficionados de combats aux six coups dans les plaines du Far West et de westerns, faites-vous plaisir, et ruez-vous sur cette série. Pour ma part, j’essaierai avec plaisir d’être au rendez-vous des autres opus !

    29/08/2017 à 17:18

  • Le Pianiste sans visage

    Christian Grenier

    7/10 Un bien joli texte, où les divers événements se succèdent avec plaisir. La découverte de la musique classique par Jeanne (les quelques pages relatant le concert sont magnifiques), ses relations avec sa belle-mère Mutti et sa grand-mère Oma (toutes deux d’origine allemande), le fait que l’adolescente ait perdu sans vraiment le connaître son père qui se révèle être non seulement preneur de son mais également compositeur), son amitié puis son amour naissant avec Pierre, l’admiration pour ce jeune prodige du piano qui apparaît sur scène sans rien laisser voir de son visage… A la fois une courte fresque familiale, une ode à la musique classique, un roman d’amour, et, même si cela se laisse aisément deviner, une synthèse de tous ces éléments quand est attestée l’identité du mystérieux instrumentiste. Je tâcherai d’être au rendez-vous du roman constituant la suite de celui-ci, « La Fille de 3ème B ».

    29/08/2017 à 17:17 2

  • Le Fauteuil hanté

    Gaston Leroux

    7/10 Un bon petit polar, qui a tout de même plus d’un siècle. Une histoire assez farfelue, menée avec beaucoup d’entrain par Gaston Leroux, avec des académiciens aux atermoiements risibles et prêts à croire en des phénomènes magiques (belle ombre maléfique que celle de Eliphas de Saint-Elme de Taillebourg de La Nox, mage autoproclamé), et un commerçant en antiquités, Gaspard Lalouette, prêt à remplir de son séant ce maudit quarantième fauteuil qui a porté malheur à ses précédents prétendants, alors qu’il ne sait même pas lire. De l’humour, de l’ironie, mais aussi, même si l’intrigue ne débroussaille pas bien loin, des pistes intéressantes, notamment dans la résolution de l’anathème, alors que ce roman date, comme je le disais, de 1909.

    29/08/2017 à 17:16 1