La Mort dans les veines

  1. Un cadavre bien encombrant

    Frank Morel, chercheur épidémiologiste à l’Institut Pasteur, est agressé dans son bureau alors qu’il travaillait en secret sur un virus monstrueux. Son bourreau lui inocule ce fameux germe et le tue avant que le scientifique n’ait eu le temps de parler, après quoi il se débarrasse de son cadavre dans le Canal Saint-Martin. Peu de temps après, la fille de Morel vient chercher Luc Mandoline dans un bar et lui enjoint, en échange d’argent, de savoir ce qu’est devenu son géniteur… car le corps a disparu de la morgue. Pour Luc, dit « L’Embaumeur », c’est le début des emmerdes.

    Samuel Sutra signe ce dixième opus de la série consacrée à l’Embaumeur et y imprime très rapidement sa patte. Comme le souligne très justement Marie Vindy dans la préface, l’auteur est bien plus un lecteur de Georges Simenon que de Thomas Harris, et cela se sent aisément. Au-delà de l’intrigue, c’est tout un petit monde qui chante au travers des mots de l’auteur, celui d’un Paname gouailleur et canaille, où la verve colorée et poétique n’est jamais sans rappeler celle de Michel Audiard ou de Jacques Prévert. En ce sens, le lecteur est bien loin des canons du thriller américains ou même de ce qui a pu se faire précédemment dans les autres ouvrages de la série. Pour Samuel Sutra, tout se situe en priorité dans cette langue chantante, gentiment contestataire, où surnagent en permanence les signes évidents de la bonté et de la bienveillance. Et si l’on veut trouver d’autres influences, on pourra, sans le moindre mal, tel un héritage aimablement et malicieusement assumé, retrouver dans le premier chapitre mettant Luc Mandoline en scène une transposition presque cristalline d'un épisode du Poulpe. L’histoire, en soi, n’a rien de très original ou magistral, mais elle permet de tendre un fil rouge au gré duquel notre enquêteur va devoir retrouver un macchabée décidément fort facétieux, affronter un ennemi peu doué pour assassiner, sans compter les nombreuses interventions des services de renseignements français.

    Cet épisode de L’Embaumeur vaut surtout pour la très grande qualité de ses dialogues, les traits humoristiques de son écrivain et cette fraîcheur un peu désuète – au sens mélioratif du sens – qui transpire de chacune des descriptions et situations peintes. Et si vous souhaitez savoir, en prime, comment un ancien légionnaire peut se voir sauver la vie par Alain Bashung, ruez-vous sur cet ouvrage qui démontre la plasticité de la série à laquelle il appartient autant que le grand avenir qui est le sien.

    /5